RÉFLEXIONS pour Ac 11:1-30
La lecture d'aujourd'hui décrit la réaction des chrétiens à la conversion de Corneille et de sa famille. Pour l'Église, une telle conversion était sans aucun doute un événement extraordinaire. La première réaction à cette nouvelle fut, visiblement, une incompréhension hostile (v. 1-3).
Il n'y a là rien d'étonnant : car même en entrant dans le Royaume, l'homme ne perd pas ses particularités individuelles, à condition bien sûr qu'elles ne portent pas en elles le péché. Or, jusqu'alors, les chrétiens n'étaient que des Juifs qui observaient strictement les normes de pureté rituelle, ainsi d'ailleurs que les autres règles de la religion juive. Visiblement, un tel attachement à leur religion, en soi, ne les empêchait ni d'entrer dans le Royaume ni d'y demeurer ; sinon, ils n'auraient pas pu rester membres de l'Église. Mais maintenant que Dieu avait ouvert la route de l'Église aux prosélytes qui n'appartenaient pas à la communauté juive, la question se posait pour eux de savoir comment se rapporter à ce fait.
Il est intéressant de noter que Pierre, en racontant tout ce qui s'est passé, n'essaie même pas de justifier ses actes par des arguments religieux, comprenant visiblement, pas moins que ses interlocuteurs, qu'il n'existe pas de tels arguments. Il leur raconte simplement l'action de l'Esprit de Dieu dont il est devenu témoin et participant (v. 4-16). Le seul argument qu'il avance dépasse le cadre de la religion ; Pierre ne peut invoquer que Dieu et sa volonté (v. 17). Alors, ceux qui l'écoutaient se trouvaient devant un choix : accueillir le témoignage de Pierre ou le rejeter comme ne correspondant pas aux normes religieuses traditionnelles.
Le choix était assez grave : car la religiosité, si l'on ne la traite pas à la légère, traverse toute la vie de l'homme, le forme en grande partie et détermine son système de valeurs. Renoncer à la religion est très difficile pour un homme spirituellement sérieux. C'est sans doute précisément pourquoi Dieu n'empêche pas les personnes religieuses d'emporter leur religion avec elles dans le Royaume. Mais seulement dans la mesure où elle ne détruit pas le Royaume lui-même et ne viole pas ses lois. Si la religion force l'homme à se mettre en travers de la route de celui qui cherche le Royaume et que Dieu veut introduire dans ce Royaume, alors il faut se séparer d'une telle religion ; sinon celui qui s'accroche à sa religion se séparera du Royaume. Et les chrétiens, après avoir écouté Pierre, firent leur choix (v. 18) : ils choisirent le Royaume.
