RÉFLEXIONS pour Lc 6:24-30
Le Christ a élevé la morale de l'Ancien Testament à une hauteur inaccessible. C'est une chose d'invoquer Dieu contre ses ennemis: «Que la mort vienne sur eux et qu'ils descendent vivants dans les enfers», et c'en est une autre de les aimer. Sans doute doit-il en être ainsi: les lois morales doivent être inexécutables, et nous devons tendre vers elles. D'autant plus grande est la tension de cet effort. Vous vous souvenez de la célèbre parole de Kant selon laquelle deux choses l'émerveillent: «le ciel étoilé au-dessus de nous et la loi morale en nous». Or les étoiles attirent l'homme vers le ciel avec une force inimaginable, mais elles sont aussi des repères sur la terre. Telle est la Loi nouvelle du Christ. D'un côté, nous comprenons combien il nous reste à grandir pour atteindre toute sa mesure; de l'autre, elle constitue un repère dans le monde des relations avec les hommes et avec Dieu.
Il y a ici, toutefois, un autre danger: faire un culte de cette inaccessibilité, de l'inaccessibilité, disons, du commandement d'aimer ses ennemis. À ce propos, on peut se souvenir d'un phénomène ambigu et encore controversé aujourd'hui, le tolstoïsme. Vous savez, il y a une propriété étonnante de la parole de Dieu. Elle est si complexe et si multidimensionnelle qu'elle n'acquiert sa vérité que dans toute son intégralité.
