RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour He 7:1-10

En poursuivant le thème du grand sacerdoce charismatique, l'auteur de l'épître revient à l'image de Melchisédech, devenu le symbole du Messie-Grand Prêtre. Ce symbolisme était tout à fait traditionnel et plongeait ses racines dans l'époque d'avant l'exil, lorsque, sous l'influence de la prédication des derniers prophètes, se formait la tradition messianique yahviste. C'est précisément en ces temps-là que le Melchisédech de l'ancienne tradition devint Melchisédech, préfiguration du Messie. Son nom signifie littéralement « souverain juste » ou « souverain de justice » (historiquement, il est possible que ce n'ait pas été un nom, mais un titre ; en tout cas, par la suite, il fut perçu comme un nom propre), et le titre de souverain de Shalem (Salem), comme on appelait Jérusalem dans la période la plus ancienne, était interprété comme « souverain de paix » (l'hébreu shalem signifie « paix », y compris cette paix bienheureuse de Dieu qui, selon les représentations messianiques traditionnelles, descendra sur le peuple et sur le pays au jour de la venue du Messie).

Il n'est pas étonnant que l'on ait regardé ce souverain-prêtre, qui avait béni Abraham lui-même, comme une préfiguration du Messie-Grand Prêtre, qui, en son temps, bénira de la même manière le peuple en lui ouvrant le chemin du Royaume (v. 1-3). En parlant ainsi, l'auteur de l'épître souligne que le sacerdoce, comme phénomène spirituel et comme service, ne se réduit pas seulement à sa forme concrète de sacerdoce lévitique, propre au peuple juif tout au long de son histoire. Il ne nie pas la réalité ni l'efficacité du sacerdoce lévitique ; il indique seulement le fait que la possibilité du service sacerdotal dans le monde existait avant même la naissance de Moïse et d'Aaron, au nom duquel la tradition yahviste rattache le commencement du sacerdoce lévitique, et que Abraham lui-même, ancêtre du peuple juif, ne rejette pas ce service sacerdotal (v. 4-10). De même que le Royaume existe dès l'origine, de même existe dès l'origine la possibilité de sanctifier la création, et avant tout l'homme. Et s'il en est ainsi, le service sacerdotal, sans lequel une telle sanctification est impossible, doit lui aussi exister dans le monde dès l'origine. Et de même que la plénitude du Royaume ne se révèle pas d'un coup au monde déchu, de même toute la plénitude du service sacerdotal ne lui est pas révélée d'un coup, même si parfois elle s'entrouvre aux élus, comme parfois s'entrouvrait pour eux la plénitude du Royaume cachée jusqu'au temps fixé.