RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour He 5:11-6:8

En rappelant à ses lecteurs les vérités fondamentales du christianisme, l'auteur de l'épître exprime en même temps son étonnement devant le fait que ses destinataires aient besoin de ce genre d'« alphabétisation » spirituelle (v. 11-12). Il trouve d'ailleurs lui-même l'explication de cette contradiction : le problème est que ceux à qui il écrit sont des nourrissons spirituels. En parlant ainsi, l'auteur de l'épître ne vise pas le niveau intellectuel de ses destinataires, mais leur incapacité à distinguer le bien du mal (v. 13-14). En effet, l'expérience de la vie dans le Royaume, même très brève, inculque facilement et rapidement cette aptitude : car, après avoir comparé, dans sa propre vie, les lois de notre monde encore non transfiguré avec celles du Royaume, personne ne se trompera plus sur ce qui est bien et ce qui est mal. Celui qui a senti ne serait-ce qu'une fois sur lui le souffle du Royaume ne le confondra plus jamais avec rien d'autre. Les plus belles paroles ne l'attireront pas, et les constructions théologiques les plus convaincantes ne le feront pas dévier du chemin s'il n'y sent pas ce souffle familier.

Les destinataires de l'épître, eux, sont manifestement faciles à tromper, ce qui témoigne de leur inexpérience spirituelle : ils connaissent trop peu la vie du Royaume pour distinguer la vérité du mensonge, le témoignage authentique des belles paroles qui n'ont aucun rapport avec la vérité. Et l'auteur de l'épître les appelle à ne pas piétiner sur place, mais à avancer, à s'enraciner dans le Royaume afin de ne pas le perdre (v. 1-3). Il rappelle notamment à ses destinataires que la vie spirituelle n'est pas un jeu, mais une affaire sérieuse et responsable. Bien sûr, il ne nie pas en principe la possibilité, pour les chrétiens, de se repentir des péchés qu'ils ont commis et de se convertir de nouveau, mais il souligne que ce sont tout de même des cas exceptionnels, dont chacun doit être considéré non comme une norme, mais comme un événement extraordinaire.

Pourtant, dès la deuxième ou la troisième génération chrétienne, semble-t-il, certains commençaient à regarder le repentir et la nouvelle conversion comme quelque chose qui rappelait les rites purificatoires yahvistes traditionnels, qui faisaient partie de la vie ordinaire et indispensable des fidèles avant la venue du Christ dans le monde. L'auteur de l'épître dit directement qu'une telle approche est un véritable sacrilège et une profanation : car regarder le péché comme la norme de la vie, c'est nier tout ce que le Sauveur a fait pour les hommes et, de fait, Le crucifier de nouveau Lui-même (v. 4-8). Et une vie spirituelle qui suppose une telle attitude envers le péché et le repentir ne permettra jamais à celui qui cherche le Royaume de s'y enraciner.