RÉFLEXIONS pour Tt 2:1-15
En lisant dans les épîtres de Paul ce qu’il propose aux chrétiens comme manière de vivre, on ne peut manquer de penser à la littérature des sages, dont on trouve sans peine des exemples, par exemple, dans le Livre des Proverbes. L’appel à la chasteté, à la responsabilité dans les affaires domestiques, au respect des anciens (v. 1–6) n’avait rien de nouveau. On pouvait, en un certain sens, considérer comme nouveau l’appel adressé aux esclaves à se soumettre à leurs maîtres non par crainte, mais par conscience (v. 9–10), appel qui, dans l’épître à Tite, n’apparaît déjà pas pour la première fois. Cela, d’ailleurs, n’a rien d’étonnant : l’ancien Israël n’a jamais connu l’esclavage de masse qui caractérisait l’Égypte, la Grèce ou Rome. Mais l’apôtre, de toute évidence, transpose aux réalités du monde gréco-romain les principes des relations sociales reflétés dans la tradition de la littérature des sages. Il considère manifestement comme assez universelles, sinon les recommandations mêmes des sages anciens, du moins la logique qui les a produites.
Bien sûr, de tels appels et exhortations étaient liés, et non de manière secondaire, au messianisme politique, qui était alors largement répandu dans la Synagogue, pénétrant sans doute aussi dans le milieu ecclésial, avant tout, naturellement, dans le milieu judéo-chrétien, qui déterminait alors largement la vie de l’Église dans son ensemble. Paul, quant à lui, était un adversaire résolu de ce type d’idées et de représentations. Et, de toute évidence, pas seulement parce que le messianisme politique était pour lui un messianisme manifestement faux, qui ne pouvait mener à rien d’autre qu’à des révoltes absurdes et aux répressions qui s’ensuivaient. L’essentiel était ailleurs : l’apôtre n’oubliait jamais les paroles du Sauveur selon lesquelles Son Royaume « n’est pas de ce monde ». Les réformes sociales, la lutte politique ou les révoltes ne pouvaient pas, par elles-mêmes, rapprocher le triomphe du Royaume, ce que l’apôtre savait parfaitement. Pour Paul, la société n’était qu’un moyen et un milieu : un moyen de témoigner du Royaume et un milieu dans lequel les témoins doivent vivre temporairement, jusqu’à la transfiguration complète du monde. Et il veut que ce milieu entrave le moins possible l’accomplissement de la tâche principale des chrétiens : leur propre maturation spirituelle et le témoignage (v. 11–14), en quoi consiste le sens de la vie chrétienne.
