RÉFLEXIONS pour Mt 23:1-12
Le début du vingt-troisième chapitre de l'Évangile selon Matthieu est un texte très joyeux. Et il y a au moins deux raisons à cela. La première grande joie tient au fait que la force de la Vérité est si grande que notre péché, perçu de façon particulièrement aiguë et douloureuse lorsqu'il s'agit des serviteurs de l'Église, ne lui fait pas obstacle. Quelle nouvelle pourrait être plus joyeuse ? Car en quoi consistent toute la tristesse et toute l'angoisse de tous les athées et apostats de tous les temps et de tous les peuples : ils ne peuvent croire ce qui sort de la bouche de prêtres injustes, et ils reportent leur rejet de l'homme sur ce qu'il dit. C'est un phénomène psychologique très fort, contre lequel il est parfois tout simplement impossible de lutter ; de là viennent l'angoisse, la désillusion, l'absurde et le reste. Mais en réalité : non. Il nous faut détruire ce terrible cliché de notre conscience selon lequel les prêtres seraient une sorte de peuple élu de Dieu, supérieur aux anges. D'un côté, par exemple, Syméon le Nouveau Théologien écrit souvent que le prêtre s'approche du Mystère devant lequel même les anges tremblent : « il me montrera semblable aux anges de Dieu, et peut-être me rendra plus grand qu'eux, ô mon Maître », écrit-il. Et c'est vrai. Mais d'un autre côté, le prêtre prononce des paroles très importantes pendant la prière d'absolution après la confession : moi, prêtre indigne, par le pouvoir qu'Il m'a donné, je pardonne et j'absous... Et cela aussi est une prière sanctifiée par l'Église. Autrement dit, le miracle dont nous parle aujourd'hui l'Évangile est que la Vérité n'est pas endommagée par notre péché. Et bien que nous soyons tous des hommes, tous des êtres humains, la Vérité, comme dans une arche, vogue sur le fleuve des générations sans subir de dommage. Vraiment, c'est un miracle et une joie.
Et voici la seconde joie. Nous désirons très souvent un « père spirituel », les gens prient sans cesse pour avoir un père spirituel. Mais n'y a-t-il pas là le désir que quelqu'un prenne enfin sur lui ton propre fardeau de responsabilité ? Il nous semble que nous sommes si humbles, prêts à être disciples : qu'on vienne nous apprendre à vivre, et nous obéirons. Mais l'Apôtre nous dit le contraire : « Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ; pour le mal, soyez de petits enfants, mais pour le jugement, soyez des adultes » (1 Co 14:20). Soyez adultes dans votre jugement, soyez vous-mêmes responsables de vos actes. C'est précisément de cela que parlent ces paroles très importantes « et n'appelez personne sur la terre votre père », que le Seigneur nous dit aujourd'hui. Au fond, nous les violons, toute l'organisation de l'Église les viole. Ne cassons pas l'organisation de l'Église, mais comprenons au moins cela. Alors il y aura une telle joie dans la relation avec le confesseur : il n'est ni ton maître ni ton père, mais un frère, sans doute un frère aîné, mais un frère ; et votre Père est dans les Cieux.
Il y a tant de joie là-dedans : être tous égaux, que personne n'écrase la personnalité de personne, que personne ne punisse personne, n'interdise rien à personne, mais conseille seulement et aide. Oui, nous avons tous une expérience différente, une sagesse différente, mais le Seigneur est si infiniment plus parfait que nous que devant Lui nous sommes tous égaux. Comprendre cela en restant seulement sur terre est impossible ; mais dès que tu élèves ton esprit vers les Cieux, de là-haut les petites maisons et les hauts clochers paraissent presque identiques. De même, nous sommes tous égaux devant le Seigneur, et c'est merveilleux.
