RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mt 17:24-18:4

Que veut dire Jésus lorsqu’il parle des enfants comme des habitants idéaux du Royaume ? Et que manque-t-il, en ce sens, aux adultes ? Bien sûr, lorsque nous pensons ou parlons des enfants, nous nous souvenons avant tout de ce qu’on appelle d’ordinaire « la spontanéité enfantine », ainsi que « l’innocence enfantine ». Mais à y regarder de plus près, le tableau n’est pas si simple : la psychologie enfantine n’est pas plus simple que celle des adultes, et quiconque a rencontré ne serait-ce qu’une fois des manifestations de cruauté enfantine peut facilement douter de cette innocence.

Mais il y a aussi quelque chose qui appartient sans aucun doute aux enfants : il s’agit de la confiance. Même des enfants rusés et méchants manifestent parfois une confiance étonnante, même si, bien sûr, on peut les en désaccoutumer si on le veut. Et pourtant, pour désapprendre à un enfant à faire confiance, surtout à ses propres parents, il faut vraiment s’y employer avec beaucoup d’efforts. Et voilà, semble-t-il, précisément la confiance dont parle Jésus lorsqu’il donne les enfants en exemple aux adultes.

Bien sûr, ce n’est encore qu’une parabole : car la confiance enfantine, surtout lorsqu’il s’agit des relations avec les parents, appartient encore à l’ordre non transfiguré des choses ; c’est un attachement purement naturel. Et si elle demeure telle quelle, avec le temps elle disparaîtra inévitablement. Alors, bien sûr, les parents se demanderont avec perplexité pourquoi leur enfant, si confiant et affectueux dans l’enfance, s’est soudain éloigné d’eux. Jésus, lui, utilise évidemment l’image de la confiance enfantine, qui est en règle générale tout à fait organique chez l’enfant, pour décrire le but que doit se fixer tout homme qui cherche le Royaume.

Il ne s’agit évidemment pas de retourner à l’enfance sous la forme d’un infantilisme religieux naïf ou d’une « obéissance » « spirituelle » exaltée envers ceux dont une personne normale préférerait se tenir éloignée. Il s’agit d’apprendre à faire confiance à Dieu et au Sauveur aussi naturellement et organiquement qu’un enfant fait confiance, dans le cas normal, à ses parents.

Bien sûr, au niveau purement naturel, qu’il s’agisse de physiologie ou de psychologie, de telles relations sont impossibles pour un adulte : l’homme déchu est égoïste par nature. Elles ne peuvent devenir possibles que dans le processus de transfiguration de la nature humaine, qui commence au moment du premier contact avec le Royaume et s’achève par le renouvellement complet et définitif de la nature humaine à la fin des temps. Et une telle transfiguration est importante non seulement pour l’homme lui-même, mais aussi pour le Royaume : car le Royaume est fondé sur des relations, celles de ses habitants entre eux, de chacun d’eux avec le Christ, du Christ lui-même avec son Père céleste. Et plus ces relations seront fortes, plus le Royaume sera plein.