RÉFLEXIONS pour Lc 12:25
Dans le Sermon sur la montagne, le Sauveur parle assez longuement de ce que la traduction russe appelle habituellement le «souci». Le mot grec correspondant ne désigne pas simplement le souci comme quelque chose auquel il faut penser dans la vie, mais quelque chose qui pèse sur l'homme et empoisonne toute son existence.
Ici, il ne s'agit déjà plus simplement de quelque chose à quoi il faut penser et dont il faudra s'occuper en son temps, mais bien d'un problème lourd, qui masque tout, qu'on ne résout pas si facilement, et peut-être qu'on ne résout pas du tout, mais qui, restant non résolu, empêche l'homme de vivre et ramène sans cesse son attention à lui-même. Il en résulte que toutes les pensées de l'homme tournent autour de ce problème non résolu, et peut-être insoluble, tandis que la vie passe à côté. Cela arrive souvent parce que l'homme ne distingue pas ce qui est en son pouvoir de ce sur quoi il n'a pas de pouvoir. Il est clair que l'homme ne peut rien ajouter à sa taille, quelque désir qu'il en ait et quelque temps qu'il consacre à ce «problème».
Mais ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que le «problème» ne s'avère être un «problème» qu'entre guillemets. Du moins dans l'immense majorité des cas. Il arrive bien sûr que des gens aient un désir obsessionnel de devenir plus grands, mais il faut alors parler plutôt d'une certaine forme de déviation et d'un problème, sinon psychique, du moins psychologique. Or de tels problèmes apparaissent habituellement là où l'homme veut tout contrôler, absolument tout.
À proprement parler, c'est ainsi qu'a commencé autrefois la chute: l'homme a décidé de devenir dieu dans son propre monde, fût-il petit, et pour devenir dieu en lui, il fallait le contrôler entièrement, sans rien laisser suivre son cours. Et notre aspiration à être dieu de notre petit monde, si petit soit-il, et de notre propre vie nous cause jusqu'à présent une multitude de problèmes. Il y a des choses qui, par définition, doivent être déterminées dans notre vie par Dieu, et non par nous-mêmes, mais dans l'état déchu il nous est très difficile de l'accepter.
Il nous semble que même notre taille n'est pas l'affaire de Dieu, qui nous a créés de la taille que nous avons, mais la nôtre. Peut-être l'exemple donné par Jésus exagère-t-il un peu la situation, mais... il semble que ce soit vraiment très peu. Et c'est ce désir de devenir le dieu de sa propre vie qui nous tue, spirituellement, psychiquement, et parfois physiquement. La seule issue à une telle situation est de laisser Dieu entrer dans notre vie. Et de nous appuyer sur le Christ, car ce n'est pas par hasard qu'Il appelle à Lui tous ceux qui «peinent et sont chargés».
