RÉFLEXIONS pour Mt 14:22-34
Les manifestations du Royaume accompagnent Jésus tout au long de son ministère terrestre. Non que cela Lui ait demandé des efforts particuliers. Ce qui demandait des efforts, c'était le ministère, le fait même de demeurer dans le monde déchu parmi des hommes déchus, à qui il fallait tout donner sans compter sur aucune gratitude. Quant à la plénitude du Royaume, à la plénitude de sa force et de sa vie, elle était inséparable de la personne même de Jésus. C'est pourquoi cette force se manifestait partout où Jésus apparaissait, pourvu que la situation exigeât de telles manifestations.
Il en fut ainsi lorsqu'Il marcha sur l'eau pendant la tempête. Jésus avait simplement besoin de rejoindre les disciples dans la barque. Il décida d'y aller directement, sur l'eau. Et Il y alla. Et l'eau, se modifiant docilement sous l'action de la force du Royaume, soumise à son souffle, se change de manière qu'il devienne possible d'y marcher. Pour le Royaume, c'est sans doute chose ordinaire, car là, la substance est entièrement soumise aux influences spirituelles. Mais dans le monde non transfiguré, un tel phénomène est naturellement perçu comme un miracle.
Mais voici ce qui est vraiment intéressant: il apparaît que le Royaume, dans notre monde, est désormais réellement accessible à chacun! Voici Pierre: il a voulu, comme son Maître, marcher sur les eaux du Royaume; il est parti et il a marché sans problème tant qu'il regardait Jésus. Il n'a commencé à sombrer qu'après s'être détourné de Lui et s'être soudain souvenu qu'autour de lui ce n'était pas le Royaume, mais une tempête sur le lac dans le monde non transfiguré.
À première vue, quelque chose d'étrange se produit: car dans le Royaume il n'y a pas de tempête, et dans le monde non transfiguré on ne marche pas sur l'eau. Où donc était Pierre lorsqu'il a fait un pas vers le Maître? Évidemment dans le Royaume, sinon son premier pas aurait été le dernier. Et où était-il lorsqu'il a commencé à sombrer? Évidemment dans le monde non transfiguré, car dans le Royaume on ne se noie pas. Où donc est la frontière? Par qui et par quoi est-elle déterminée?
La réponse peut paraître inattendue, mais, si l'on y réfléchit, elle correspond pleinement à ce que Jésus Lui-même dit du Royaume. Il apparaît que la frontière passe moins sur l'eau, sur la terre ou dans l'air qu'à l'intérieur du coeur humain. On peut être dans le Royaume et ne pas le remarquer; il peut être ici, mais celui qui ne voit pas le Royaume ne voit que la tempête sur le lac. Mais il suffit de faire un pas intérieur, et le Royaume devient réalité, non pas subjective, non pas intérieure, mais absolument objective, plus objective que les tempêtes qui font rage dans le monde non transfiguré.
Mais vers qui ce pas intérieur doit-il être dirigé? Évidemment vers Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Car sa forme est largement déterminée par les relations qui unissent ses habitants au Christ. Tant que toute l'attention de Pierre est concentrée sur le Christ, le Royaume demeure pour lui l'unique réalité. Mais dès qu'il se détourne, et pour l'homme déchu cela suffit souvent à déplacer le foyer de l'attention spirituelle loin du point sur lequel il aurait dû être concentré, le lac déchaîné devient pour lui l'unique réalité. Et seule la main tendue du Christ le délivre d'une mort certaine.
