RÉFLEXIONS pour Lc 9:46-62
La lecture d'aujourd'hui est entièrement consacrée au thème du Royaume, ainsi qu'à la manière dont les hommes qui entouraient Jésus le comprenaient, y compris Ses disciples les plus proches. Et de nouveau, nous nous heurtons à une incompréhension totale, même chez les apôtres, de ce qu'est le Royaume et de ce que sont ses lois. La question même de la primauté, de savoir qui est le plus grand dans le Royaume (v. 46), y perd tout sens. Jésus a su l'expliquer en montrant aux disciples un enfant que la question de la primauté, du fait de son âge, ne préoccupe encore absolument pas (v. 47-48).
Selon les lois de notre monde pas encore transfiguré, est grand celui qui est grand par sa propre grandeur; dans le Royaume, manifestement, la grandeur propre ne signifie rien, et moins l'homme s'appuie sur elle, plus la grandeur du Royaume transparaît à travers lui. Voilà pourquoi il n'est pas nécessaire d'imposer ce Royaume par la force, comme les apôtres avaient pensé le faire dans un village samaritain où, comme d'habitude, on n'appréciait pas les Juifs (v. 51-54): car on ne peut ainsi démontrer que sa propre force et prouver sa propre importance, mais il est impossible de rapprocher les hommes du Royaume par ce moyen. Ce n'est pas par hasard que Jésus dit aux disciples qu'ils n'agissent pas selon l'esprit du Royaume: pour le Royaume, aucune violence n'est acceptable; on ne peut y faire entrer personne par la force, car pour y entrer, il faut avant tout une relation avec Dieu et avec Celui qu'Il envoie, une relation non imposée, mais librement acceptée.
Un Royaume imposé par la force n'est pas le Royaume, mais seulement son fantôme, qui peut perdre l'homme mais ne peut pas le sauver. Et puisque le Royaume n'est pas un lieu, mais une relation, il n'est limité par aucune structure; même la communauté apostolique, si on la regarde non comme une communauté de personnes vivant dans le Royaume, mais comme une sorte d'organisation chargée de propager l'idée du Royaume de Dieu, ne le limite pas. C'est pourquoi quiconque témoigne de lui au nom du Christ, en manifestant autour de lui sa puissance et son efficacité, y trouve sa place, même s'il n'a formellement aucun rapport avec la communauté apostolique (v. 49-50). Ainsi, en dissipant les mythes si répandus à cette époque dans la conscience religieuse de masse, Jésus affermit dans le coeur de Ses disciples les représentations du Royaume qui devaient les aider à traverser Sa mort sur la croix et à accueillir Sa résurrection.
