RÉFLEXIONS pour Ep 1:15-23
Paul appelle l'Église le corps du Christ, la définissant comme « la plénitude de Celui qui remplit tout en tous ». Ici, comme on le voit, il suit les représentations juives traditionnelles du peuple de Dieu comme un tout spirituel unique, comme un seul corps qui était sanctifié comme un tout unique par les cultes qui se déroulaient régulièrement dans le Temple de Jérusalem jusqu'à sa destruction en 70 apr. J.-C.
C'est précisément grâce à une telle sanctification du peuple comme un tout unique que même les Juifs croyants qui ne pouvaient pas se rendre à Jérusalem pour une fête, par exemple pour Pessa'h ou pour Chavouot, ne se sentaient pas coupés de Dieu ni de leur communauté : ils se rassemblaient là où ils vivaient, dans les synagogues de la diaspora, et célébraient avec ceux qui étaient alors à Jérusalem. Paul transfère cette vision à l'Église, avec cette différence qu'elle est sanctifiée par la présence du Messie Lui-même, ressuscité des morts et demeurant auprès du trône de Dieu.
Bien entendu, l'Église est l'espace du Royaume qui demeure dans notre monde en cours de transfiguration, mais qui n'est pas encore transfiguré jusqu'au bout. Elle est aussi l'espace du Christ Lui-même, l'espace de Sa présence personnelle. Certes, la présence de Dieu était déjà connue du peuple juif auparavant ; Dieu s'est révélé à lui dès le don de la Torah au Sinaï, Il s'est révélé pour ne plus Se cacher, et Sa présence a accompagné le peuple tout au long de son histoire.
Mais maintenant, à l'espace spirituel de cette présence s'est ajouté l'espace des relations qui unissent le Christ à Son Père céleste. Le Royaume se déploie à l'intérieur de ces relations, se révèle en elles et par elles. Leur plénitude est ce qui remplit « tout en tous ». Et le christianisme signifie l'inclusion dans cette plénitude des relations du Père et du Fils. C'est cette inclusion que l'on peut appeler ecclésialisation au sens authentique du mot ; tout le reste dans la vie ecclésiale n'est qu'un moyen pour résoudre cette tâche principale. Si, bien sûr, il s'agit bien de l'Église avec une majuscule.
