RÉFLEXIONS pour Rm 5:1-11
En parlant des relations de l’homme avec Dieu et avec le Christ, en partant du fait que ces relations sont premières et déterminent tout le reste, Paul indique aussi qu’elles sont premières pour Dieu. Car c’est Dieu qui a pris l’initiative du processus dans lequel l’homme entre pour autant qu’il fait confiance au Christ. Mais lorsque le Christ Lui-même est venu dans ce monde, Il ne pouvait compter sur personne. Il n’a pas trouvé de justes prêts à Le suivre, et Il ne comptait pas en trouver.
Bien plus : lorsqu’Il mourait sur la croix, Il n’avait alors non plus aucune garantie, car Ses disciples se sont révélés absolument non préparés à Sa mort, tout comme, d’ailleurs, à Sa résurrection. Il est mort non pour Ses disciples et Ses partisans, mais pour ceux qui pouvaient seulement encore devenir Ses disciples et Ses partisans. Non pour des justes réels, mais pour des justes potentiels qui, à l’heure de Sa mort, étaient encore pécheurs. De telles relations, fondées sur une croissance spirituelle ultérieure, sont toujours une sorte d’avance. Et Dieu est prêt à nous accorder cette avance. Il attend que nous la justifiions. Mais on ne peut la justifier qu’à deux conditions : l’avance doit d’abord être acceptée, puis utilisée selon sa destination, et non gaspillée en vain.
C’est en pensant à la première condition que Paul dit que Dieu nous accueille dans le Christ et avec Lui, ne serait-ce que parce qu’Il envoie spécialement le Christ à notre recherche, afin de nous sauver de la perdition tels que nous sommes. Et tels que nous sommes, Dieu le sait évidemment parfaitement. Si le Messie, accomplissant la volonté de Dieu, est prêt même à mourir pour nous, tels que nous sommes, alors maintenant que nous L’avons accueilli et que nous nous sommes confiés à Lui, Il ne nous abandonnera certainement pas : sinon Son propre chemin terrestre et Sa mort perdraient tout sens. Mais ce n’est qu’un côté de la question.
L’autre consiste en ceci : suivre le Messie signifie changer. Il nous a appelés à Sa suite tels que nous sommes et nous a donné la possibilité d’une vie nouvelle. Mais si nous restons tels que nous sommes, notre vie nouvelle cessera très vite d’être nouvelle, devenant semblable à celle d’autrefois. Pour que cela n’arrive pas, il faut changer intérieurement. Utiliser l’avance donnée par Dieu. La vie du chrétien n’est ni une attente passive du salut ni une activité religieuse, mais un chemin spirituel.
Un chemin de formation intérieure, de croissance en soi de ce noyau spirituel que l’on appelle la Torah intérieure. Schématiquement, l’apôtre le décrit comme un chemin qui va des épreuves à la fermeté, de la fermeté à l’expérience, et de l’expérience à l’espérance. En effet, si la Torah intérieure est liée avant tout à la perception de la volonté de Dieu, des intentions de Dieu comme impératif spirituel et moral, ce sont précisément les situations concrètes, surtout difficiles, de la vie qui nous apprennent à suivre cet impératif dans la pratique.
Le résultat de cet apprentissage est une aptitude formée à suivre la volonté de Dieu, une sorte d’habitude de vie juste, que les textes traditionnels des sages appellent justement sagesse, même si Paul préfère l’appeler expérience ou aptitude. C’est cette aptitude qui donne l’espérance que le chemin sera parcouru jusqu’au bout : autrement, il faudrait oublier toute vie spirituelle pleinement accomplie. Celui qui perd de vue la volonté de Dieu à la moindre perturbation de la vie ne peut pas vivre une vie spirituelle pleinement accomplie. On le voit, le salut est un processus divino-humain, et l’apôtre le comprend parfaitement.
