RÉFLEXIONS pour Mt 7:21-29
Le Sermon sur la montagne s’achève par une remarque importante du Sauveur : pour le Royaume, l’essentiel, ce sont les relations, les relations avec Lui et avec le prochain. Sinon toute la vie de l’homme ressemble à une maison bâtie sur le sable. On pourrait croire qu’un homme qui, au nom du Christ, non seulement a prophétisé, mais a même chassé des démons et accompli des miracles, ne peut qu’être disciple du Christ, et que, s’il en est ainsi, son chemin doit nécessairement s’achever dans le Royaume. En réalité, tout se révèle moins simple.
Le principal problème tient ici au fait que l’homme déchu a généralement tendance à remplacer le contenu par la forme. Dans ce cas, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la forme, ce sont précisément les prophéties, l’expulsion des démons et même les miracles, tout ce que nous avons tendance à considérer comme le contenu, en ne rapportant à la forme que l’enveloppe religieuse de la tradition spirituelle.
S’il ne s’agissait pas du christianisme, il en serait réellement ainsi. Mais le christianisme est unique. Ce n’est pas une nouvelle religion, ni une nouvelle théologie, ni une nouvelle morale, ni même une nouvelle tradition spirituelle ; c’est une vie nouvelle. Or, dans la vie, l’essentiel est la vie elle-même. Son cours. Son processus. Sa qualité spirituelle, sa dynamique même, ce qu’un philosophe contemporain pourrait appeler l’existence. Et, bien sûr, les relations avec Dieu, avec le Christ, avec les autres hommes.
Car ce sont les relations qui déterminent la structure de notre vie, son algorithme spirituel. Le christianisme ne porte pas sur ce qu’il faut faire, mais sur la manière d’être, de vivre, d’exister dans tel ou tel état spirituel. C’est là le contenu du christianisme ; toute activité extérieure n’est ici rien d’autre que la forme.
Pourtant, chez les chrétiens, la tentation d’une sorte d’activisme religieux a toujours été forte : le christianisme lui-même commençait alors à être perçu comme une pratique, non pas celle de la vie proprement dite, mais celle d’occupations concrètes et d’œuvres « spirituelles ». Formation religieuse, charité, mission : on pourrait prolonger la liste, sinon à l’infini, du moins très longtemps. On suppose que plus une personne accomplit de telles œuvres par unité de temps, plus elle est active en ce sens, meilleure chrétienne elle est.
Il n’est pas étonnant que beaucoup se soient efforcés, et s’efforcent encore, de toutes leurs forces, jusqu’à l’épuisement psychique, voire nerveux, qu’ils considèrent souvent comme une croix liée au « service » que « Dieu leur aurait confié ». Que Dieu attende d’eux tout autre chose, de telles personnes ne le soupçonnent souvent même pas, pas plus qu’elles ne soupçonnent que leurs effondrements, leurs crises, et parfois des problèmes plus graves encore, représentent justement cette destruction de la maison bâtie sur le sable dont parle Jésus.
