RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour 2Co 9:1-15

En poursuivant son propos sur l'entraide et les dons, Paul se tourne vers l'expérience spirituelle reflétée dans la tradition des pauvres du Seigneur, pour lesquels la pauvreté était un état moins matériel que spirituel. C'est précisément dans leur milieu qu'est née la sentence que l'on rencontre dans le Livre des Psaumes: «celui qui a tout dépensé en donnant aux pauvres, sa justice demeure pour toujours» (v. 9). Apparemment, cette sentence n'entendait pas simplement l'aumône, mais l'aide aux communautés de pauvres et les dons pour les besoins communautaires. Et Paul, manifestement, voit justement dans ces dons, dont la pratique remonte peut-être à une très haute antiquité, un modèle d'entraide pour les chrétiens. Les membres des communautés des pauvres du Seigneur ne donnaient pas seulement par sentiment de justice purement humaine. Ils voyaient dans le fait du don, dans la disposition de l'homme à se séparer de ce qui lui appartient pour ses prochains, le signe de cette remise totale de soi à la volonté de Dieu sans laquelle il ne peut y avoir de vie spirituelle accomplie.

Pour Paul, ce qui importe avant tout est manifestement cette disposition spirituelle des chrétiens de Corinthe au don; il ne veut pas qu'ils perçoivent le don comme un simple devoir religieux qu'il faut accomplir dans la mesure où l'on est membre de telle ou telle Église. Car, dans ce cas, il s'agirait déjà d'une forme de contrainte, à laquelle l'homme consent bien sûr parce qu'il considère ce consentement comme son devoir, mais un tel don se trouverait privé de sens spirituel (v. 1-5). L'apôtre souligne spécialement que, du point de vue spirituel, du point de vue des relations qui unissent l'homme à Dieu et à ses prochains, seuls ont un sens les dons réellement volontaires, ceux que l'homme fait avec joie et de plein gré (v. 6-8).

Bien sûr, un don fait par sentiment de devoir religieux n'est pas non plus inutile. Mais pour qu'il devienne réellement utile spirituellement, il doit devenir une part du Royaume, et cela n'est possible que si le don s'accompagne d'une attitude correspondante envers celui à qui il est destiné. Or les relations des habitants du Royaume ne peuvent être fondées seulement sur le devoir; leur véritable fondement ne peut être que l'amour, la confiance et la gratitude. Dans le Royaume, personne ne doit rien à personne, mais chacun, par amour, est prêt à partager avec son prochain tout ce qu'il possède, et à remercier son prochain pour sa disposition à partager avec lui. Ce n'est pas un hasard si Paul accorde une attention particulière à la gratitude qui lie ceux qui reçoivent les dons aussi bien à Dieu qu'à ceux qui donnent (v. 12-15). Il comprend que c'est précisément en elle que s'incarnent les relations qui unissent entre eux les habitants du Royaume. Elles les unissent non par des obligations réciproques, mais par l'amour mutuel.