RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Lc 24:36-53

La lecture d'aujourd'hui nous oblige de nouveau à réfléchir à la manière dont l'homme déchu perçoit la réalité du Royaume. La première pensée des apôtres, lorsqu'ils virent le Maître ressuscité se tenant au milieu d'eux, fut qu'ils avaient devant eux un fantôme, une ombre sortie du tombeau (v. 37). On pourrait croire que, pour les disciples qui ne s'attendaient pas à voir Jésus ressuscité, une telle réaction était tout à fait naturelle. Mais, d'autre part, confondre l'ombre spectrale, à peine visible, d'un mort avec un homme ressuscité, plein de vie, est tout de même assez difficile. Cela ne serait possible que si les disciples n'avaient tout simplement pas réussi à bien voir Jésus.

À en juger par le fait qu'il dut spécialement leur faire toucher son corps (v. 39-40), il en fut ainsi. Le toucher devint apparemment pour les disciples l'argument décisif, tandis que la vue, manifestement, les avait trompés. Or il est évident que si le corps de Jésus ressuscité était assez dense pour qu'on puisse le toucher, on ne pouvait le prendre pour un fantôme que si les apôtres n'avaient tout simplement pas réussi à le distinguer comme il fallait. La situation rappelle un peu la rencontre des disciples avec le Ressuscité sur le chemin d'Emmaüs: là aussi, les apôtres ne reconnurent pas Jésus, même en conversant avec lui. Visiblement, pour l'homme qui demeure dans un monde encore non transfiguré et qui ne dispose pas encore d'une vision spirituelle développée, il est très difficile de discerner les personnes ou les objets dont la nature est déjà pleinement transfigurée. Si l'homme les voit avec sa vue physique ordinaire, c'est sans doute de façon assez vague et indistincte, au point qu'ils ressemblent vraiment à des ombres transparentes ou semi-transparentes.

Or, en réalité, la nature transfigurée ressemble moins que tout à une ombre incorporelle. Bien plus, elle interagit parfaitement avec la nature de notre monde. La nourriture tout à fait terrestre, nullement encore spiritualisée, mangée par Jésus ressuscité en est un exemple (v. 41-43). Nous avons manifestement ici affaire à une manifestation concrète des lois universelles du Royaume: il ne détruit pas et n'exclut pas notre nature encore non transfigurée, mais l'inclut en lui après l'avoir d'abord transformée. Et ici, comme on le voit, à l'échelle d'une petite pièce, s'est produit ce qui, au retour du Sauveur, se produira à l'échelle de l'univers: le monde sera transformé, devenant partie du Royaume. Alors prendra fin l'époque dans laquelle il nous a été donné de vivre.