RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Ex 38:1-31

Le passage d'aujourd'hui nous propose une association paradoxale entre un texte sacré et un livre de comptes. D'un côté, la description de cet autel même autour duquel se rassembleront les hommes qui cherchent la rencontre avec Dieu ; de l'autre, l'énumération soigneuse de toutes les dépenses liées à la construction de la Tente : combien a été apporté, combien et pour quoi a été dépensé, combien est resté.

Association apparemment tout à fait déplacée de sainteté et de calcul. En réalité, il y a ici sa logique propre et un sens profond. Aujourd'hui, il nous arrive souvent de penser que l'œuvre de Dieu ne demande pas une comptabilité et un contrôle particulièrement minutieux : puisqu'il s'agit de Dieu, pour qui rien n'est trop beau, il ne vaut donc pas la peine de compter spécialement les dépenses. On se souvient parfois alors de la célèbre parole évangélique sur les serviteurs inutiles et d'autres choses semblables, d'où l'on conclut qu'il n'y a pas lieu de compter avec Dieu, et donc que ce qui a été dépensé est dépensé, qu'il n'y a pas à lésiner, qu'il s'agisse d'argent ou de travail.

Mais il ne s'agit pas ici de Dieu, il s'agit de nous-mêmes. Dieu a tout en abondance, et rien n'est trop cher pour Lui quand il s'agit de nous ; quant à nous, nous ne sommes certainement pas capables de Lui ajouter quoi que ce soit. Seulement, l'incapacité à compter ne figure nulle part dans la Bible parmi les vertus. La seule exception serait peut-être le recensement du peuple par David, mais là on comptait avec un but bien précis : rendre le peuple dépendant de l'État, recenser tout le monde afin que personne n'échappe à « l'œil du souverain ». Une telle statistique, destinée à asservir l'homme, Dieu n'en a vraiment pas besoin. Autre chose est de calculer les dépenses pour le travail à venir : cela, non seulement on peut le faire, mais il le faut.

Ne serait-ce que pour ne pas se retrouver ensuite, s'il manque soudain quelque chose, dans la situation d'un homme incapable de mener jusqu'au bout l'œuvre de Dieu. Il y a encore un autre aspect, lié à la capacité de compter, de calculer et de planifier le travail, et il est déjà directement lié à la vie spirituelle. Le fait de ne pas savoir compter, comme tout état de « non-appartenance à ce monde » si populaire chez les personnes « spirituelles », témoigne en réalité non pas tant d'une profonde spiritualité que d'un laisser-aller très avancé.

L'homme qui vit réellement une vie spirituelle prend avant tout clairement conscience de la réalité dans laquelle il se trouve et dans laquelle il doit agir. Il comprend d'ordinaire très bien où il faut compter, et même très soigneusement, et où les calculs sont déplacés, et il ne confond pas une situation avec l'autre. Les livres de comptes restent bien sûr, en tout cas, une matière très sèche et une lecture assez fatigante, mais aucun homme qui comprend ce qu'est une vie spirituelle normale ne les jugera dépourvus d'esprit simplement parce qu'ils ne contiennent rien d'autre que ce qu'ils doivent contenir.