RÉFLEXIONS pour Rm 13:1-7
En parlant des autorités terrestres, Paul reste fidèle au témoignage du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, «n'est pas de ce monde». Il ne parle pas de loyauté envers quelque pouvoir concret que ce soit et ne donne la préférence à aucune forme d'État ou d'organisation sociale. En effet, si, selon l'apôtre, toute autorité vient de Dieu (v. 1-2), cela ne peut signifier qu'une chose: Dieu est indifférent à toute forme concrète de pouvoir, comme aux personnes liées à la structure du pouvoir. Une telle attitude envers l'État et les autorités terrestres n'est possible que si le Royaume et son action dans notre monde pas encore pleinement transfiguré ne dépendent d'aucune autorité terrestre et ne sont déterminés par aucune. Si l'on reçoit le Royaume comme quelque chose de précisément «pas de ce monde», c'est-à-dire vivant selon des lois sans rapport avec l'économie ou la sociologie, cette approche devient non seulement naturelle, mais la seule possible. Cependant, les témoins du Royaume doivent agir dans un monde où l'histoire des États et des gouvernements terrestres n'est pas achevée; il leur faut donc des critères pour évaluer l'action de cette autorité terrestre et savoir comment se comporter envers elle.
Ici Paul est tout à fait cohérent: comme Jésus lui-même, il parle de la possibilité, pour les témoins du Royaume, d'être loyaux envers toute autorité dans les affaires qui ne dépassent pas le cadre de «ce monde», comme les impôts, les règles de vie commune établies par les autorités, les institutions de l'État et autres choses semblables (v. 5-7). L'apôtre ne soutient manifestement aucun mouvement messianique politico-religieux, dont les représentants niaient souvent l'État séculier comme tel, estimant que seul le Messie pouvait fonder sur terre un État vraiment juste, et que cette tâche serait sa principale mission. Un tel messianisme politique était alors largement répandu dans le milieu juif; des vues de ce genre pouvaient pénétrer aussi dans l'Église, si bien que Paul devait rappeler aux chrétiens le véritable Royaume que Jésus a apporté au monde.
Mais Paul définit le critère de l'attitude à adopter envers les actes concrets des représentants concrets du pouvoir: ils sont «serviteurs de Dieu» s'ils agissent «pour le bien» (v. 3-4). L'apôtre admet donc qu'un représentant d'un pouvoir séculier et païen, comme tout homme, peut faire le bien comme le mal. Paul reste cohérent ici encore: il ne refuse pas aux païens la possibilité de connaître la «Torah naturelle» et de la suivre. Si un païen se guide dans ses actes par cette «Torah naturelle», il ne s'opposera objectivement pas au Royaume ni à ses témoins. Pour l'apôtre, aucune autorité n'est sacrée par elle-même; au fond, il ne parle pas tant d'un pouvoir abstrait que des hommes qui en sont revêtus, des hommes qui se trouvent dans le même rapport au Royaume que tout homme. Ni plus ni moins.
