RÉFLEXIONS pour Jn 5:30-6:2
Parlant de l'essence de Son conflit avec les pharisiens, Jésus met au premier plan leur défiance envers Dieu. L'accusation paraît étrange : il s'agit pourtant de gens profondément religieux, prêts à beaucoup pour leur religion, y compris, s'il le fallait, au sacrifice. Certes, cette religiosité comportait parfois beaucoup de dureté ; la disposition à mourir pour sa foi voisinait souvent avec la disposition à tuer pour cette même foi. Mais l'une et l'autre choses se faisaient au nom de Dieu et de la foi !
Et pourtant Jésus parle de l'absence, chez Ses auditeurs, d'amour et de confiance envers Dieu. Qu'est-ce donc : une particularité de la religiosité pharisienne ? S'il en était ainsi, tout serait plus simple, surtout pour nous qui n'avons aucun rapport avec la religion des pharisiens. Mais l'affaire, à ce qu'il apparaît, n'est pas si simple. Car Jésus dit directement que ce n'est pas Lui qui juge les pharisiens qui Le rejettent, mais la Torah, dont ils essaient de L'accuser de violer les prescriptions. Et Lui répond que la Torah témoigne de Lui.
Une telle affirmation peut paraître étrange : dans la Torah, en effet, si l'on ne tente pas de l'interpréter avec des efforts forcés, rien n'est dit du Messie. Mais c'est précisément la Torah, sur laquelle se fonde le judaïsme, qui n'a jamais été contenue jusqu'au bout en lui, pas plus qu'elle ne se laisse contenir tout entière dans aucun cadre religieux. D'autre part, c'est justement la Torah, et avant tout, bien sûr, la Torah intérieure, que ces mêmes pharisiens ne pouvaient ignorer, qui aurait dû conduire les auditeurs de Jésus au-delà des limites de leur propre religion, en leur ouvrant quelque chose de plus grand, si seulement ils avaient été conséquents jusqu'au bout dans leur fidélité à la Torah.
Mais le malheur de toute religion est là : au début, elle stimule l'homme à la vie spirituelle ; puis, à un certain moment, elle commence inévitablement à lui faire obstacle dans cette vie, en fixant un plafond spirituel donné et en exigeant de ses adeptes un compromis entre ses exigences et ce à quoi Dieu appelle celui qui marche sur le chemin de la justice. Alors l'homme doit choisir entre Dieu et une religion si habituelle et si commode. Et Jésus voit que Ses auditeurs ont fait le choix de leur religion. Il dit que la Torah, qui indique le chemin vers le Royaume, deviendra désormais pour eux non un appui, mais un jugement. Comme pour quiconque rejette Dieu et la Torah au profit de quoi que ce soit, fût-ce même de sa propre religion. Quelle que soit cette religion.
