RÉFLEXIONS pour Rm 6:15-23
Poursuivant ses raisonnements sur le péché et la justice, Paul attire encore et encore l’attention de ses lecteurs sur le fait que la différence entre le monde où règne le péché et le Royaume où il n’a déjà plus de place est absolue. L’apôtre recourt aussi à l’image des deux chemins, traditionnelle pour la Torah et pour la Bible dans son ensemble, tout en soulignant aussitôt qu’il raisonne ici « à la manière des hommes » (v. 16-21).
La réserve est tout à fait logique : parler du choix du chemin comme la Torah en parle n’a de sens que par rapport au monde préchrétien, lorsque ce choix reste précisément et seulement le choix d’un chemin. Bien sûr, pour une personne concrète, il était absolument important, déterminant son destin dans l’éternité, mais ce temps n’était encore que celui de l’autodétermination dans notre monde déchu. Le Royaume était encore à venir, son histoire n’avait pas encore commencé ; il ne s’ouvrait que de loin, comme une partie du dessein sur le monde que Dieu accomplirait par le Messie-Christ envoyé par Lui. Désormais, il ne s’agissait plus de choisir le chemin vers le Royaume, mais de choisir le Royaume lui-même, venu dans le monde.
Avec un tel choix, l’idée même d’une possibilité de « péché sous la grâce » (v. 15) n’était pas tant inadmissible que tout simplement absurde. Une telle idée ne pouvait venir à l’esprit que de ceux qui ne comprenaient pas du tout ce qu’est le Royaume et ce qui a changé dans le monde après la venue du Sauveur. À ce qu’on voit, la grâce leur apparaissait comme un don particulier de Dieu, qui permettait d’effacer magiquement les conséquences de tous les péchés qu’ils avaient commis, si bien que désormais, leur semblait-il, ils pouvaient pécher autant qu’ils le voulaient, et cela en toute impunité. Il est vraisemblable que l’idée selon laquelle le pouvoir de la Torah ne s’étendait plus sur eux était comprise par eux en ce sens que tout leur était désormais permis.
Mais l’apôtre, à ce qu’on voit, a en vue quelque chose de tout autre. Il dit : désormais il faut choisir non pas entre deux chemins, mais entre la vie du Royaume dans toute sa plénitude, d’un côté, et la mort, comme opposé du Royaume, de l’autre (v. 23). Choisir la justice signifie désormais précisément choisir le Royaume, et ceux qui l’ont choisi sont sanctifiés dès maintenant ; parvenus à la plénitude du Royaume, ils obtiennent la vie éternelle (v. 22). Et ils sont libérés du pouvoir de la Torah non parce que, dans le Royaume, on pourrait pécher sans se soucier du commandement, mais parce que, désormais sanctifiés, ils sont par définition libres du péché contre lequel ils devaient auparavant lutter.
