RÉFLEXIONS pour Ex 3:1-22
On a coutume de penser qu’après soixante-dix ans, ou en tout cas après quatre-vingts ans, il ne reste plus à l’homme qu’à se reposer et à faire le bilan de sa vie. Chez les Sémites, au temps de Moïse, ce moment arrivait même plus tôt : l’âge actif était considéré comme allant de vingt à soixante ans, quarante ans, la durée de vie d’une génération. Pour Moïse, tout s’est passé autrement. Pour lui, l’essentiel a commencé après quatre-vingts ans. C’est alors qu’il a rencontré Dieu. Cette rencontre fut inattendue pour Moïse.
Dans le désert, il vit un buisson ardent. C’était l’un de ces buissons qui rappellent les virevoltants, mais bien plus grands, comme on en rencontre souvent dans le désert du Sinaï. Parfois, ils s’enflamment réellement sous l’effet de la chaleur solaire ; en été, au soleil, la température au sol peut y atteindre soixante-dix degrés. Mais le fait était que le buisson brûlait d’une manière suspectement longue : d’ordinaire, ces buissons s’embrasent et brûlent vite, comme du papier. En s’approchant, Moïse comprit qu’il n’avait pas devant lui un feu physique, mais quelque chose d’autre : une nuée lumineuse descendue sur le buisson. Ainsi Dieu marqua sur la terre le lieu de Sa présence.
C’était quelque chose de nouveau : les Hébreux n’avaient rien connu de semblable auparavant. Moïse, bien sûr, connaissait toutes les traditions sur le Dieu des pères : jusqu’à l’école, jusqu’à cinq ou six ans, il était resté auprès de sa mère, que la fille de Pharaon, qui avait adopté Moïse, avait engagée comme nourrice. À cette époque, les garçons restaient avec leur mère ou leur nourrice jusqu’à leur entrée à l’école. Durant sa petite enfance, Moïse avait certainement dû retenir, dans le récit de sa mère, les traditions de son peuple, y compris les récits sur le Dieu des pères qui existaient déjà alors.
Ici pourtant, il y avait quelque chose dont aucune tradition ne parlait : de telles théophanies n’y étaient pas mentionnées. La nouveauté ne tenait pas seulement au fait que Dieu se soit révélé à Moïse dans une lumière qu’il avait prise de loin pour du feu. L’essentiel était ailleurs : Dieu venait pour rester. Rester au milieu de Son peuple, qu’Il voulait rencontrer ici, près d’un des contreforts du Sinaï. Le rencontrer afin de conclure avec lui une alliance, puis le conduire Lui-même. C’était une révélation nouvelle, une bonne nouvelle, qui promettait la libération et l’accomplissement des promesses faites autrefois à Abraham. Le temps était enfin venu pour ces promesses de s’accomplir, et c’est à Moïse qu’il revenait de jouer le rôle principal dans leur accomplissement.
