RÉFLEXIONS pour Rm 2:12-16
En développant sa pensée sur la «Torah naturelle», Paul oppose les Juifs aux païens non pas selon un critère religieux, mais seulement à partir du rapport des uns et des autres à la Torah. Bien sûr, en parlant de la Torah, l'apôtre ne la considère pas seulement comme une législation, mais aussi comme une voie qui suppose l'observance des commandements et des lois qui en découlent. Pour lui, la Torah est une réalité objective; ses lois agissent indépendamment du fait que les gens les connaissent ou non. Mais ce sont tout de même des lois spirituelles, et leur action sur l'homme, à la différence des lois de la nature, dépend dans une certaine mesure des relations entre l'homme et Dieu. Le païen peut ne rien savoir de la Torah, mais il la devine tout de même par l'effet qu'elle exerce sur son âme et sur son coeur. Paul emploie dans ce cas l'expression «l'oeuvre de la Torah» (v. 15), mettant de fait devant Dieu sur un pied d'égalité les païens qui accomplissent la Torah écrite dans leurs coeurs et les Juifs à qui elle est connue dans toute sa plénitude (v. 14).
La «Torah naturelle» n'est en rien pire que la Torah écrite, si elle permet au païen de trouver la route du Royaume. Et la preuve de son existence, et du fait que beaucoup de païens la perçoivent comme une réalité incontestable de leur vie, l'apôtre la voit dans ce combat moral que les païens connaissent aussi bien que les Juifs qui cherchent sincèrement à suivre la Torah (v. 15). Les différences entre Juifs et païens ne deviennent actuelles ni dans le Royaume, ni même sur le chemin qui y mène, mais lorsqu'il s'agit de la transgression de la Torah.
Objectivement, le péché demeure dans tous les cas péché; c'est pourquoi les païens qui pèchent sans connaître la Torah sont menacés de perdition, et les Juifs qui transgressent la Torah, de jugement (v. 12). La différence, comme on le voit, consiste en ce que ceux qui ont accepté la Torah consciemment, Dieu les juge selon ce qu'ils ont accepté, tandis que les autres le sont selon ce qu'ils pouvaient et devaient savoir du péché et de la justice. La Torah n'est ni une garantie de salut ni un privilège; elle n'est qu'un instrument qui aide sur le chemin du Royaume. Et celui à qui cet instrument a été donné porte la responsabilité de ce qu'il a reçu entre ses mains, d'autant plus que ce don est toujours accepté librement.
