RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Rm 1:16-32

Pour Paul, la vie dans le Royaume est inséparable de la marche selon la Torah, et c'est pourquoi dans ses épîtres, à l'image des auteurs de l'Ancien Testament, il oppose souvent deux chemins : le chemin de la justice et le chemin de l'impiété (v. 16-18). Certes, le témoignage de Paul ne s'adressait pas seulement aux Juifs, mais aussi à ceux qui, peu auparavant encore, étaient païens ; il impliquait un certain universalisme, et c'est pourquoi l'apôtre devait répondre, à lui-même et aux autres, à la question de savoir dans quelle mesure la Torah s'étend à ceux qui, très réellement, pouvaient n'en rien savoir.

Bien entendu, pour la première génération de chrétiens, dont les représentants étaient tous liés à la Synagogue à un degré ou à un autre, la connaissance de la Torah allait de soi ; mais l'apôtre s'adressait à quiconque était prêt à entendre son témoignage, et dans ce cas la question de ceux qui ne savaient rien de la Torah et des commandements cessait d'être une question purement spéculative.

En effet, si sans la connaissance de la Torah il est impossible de suivre le Christ et d'entrer dans le Royaume, que faire de ceux qui, pour des raisons objectives, pouvaient, comme beaucoup de païens, ne rien savoir de la Torah et même ne jamais en avoir entendu parler ? En répondant à cette question, Paul recourt à l'image de la Torah intérieure, en l'interprétant pour les païens comme ce que, par analogie avec la connaissance naturelle de Dieu, on pourrait appeler la « Torah naturelle ». Il dit qu'à ceux qui ne connaissaient pas la révélation, Dieu se révélait par Sa création, de sorte qu'ils ne peuvent pas se justifier par leur ignorance (v. 19-20). Il semblerait qu'une telle affirmation de l'apôtre ne sorte pas du cadre de l'idée d'une connaissance naturelle de Dieu. Mais Paul ne l'envisage nullement d'un point de vue purement naturel et psychologique. En parlant des limites de la connaissance naturelle de Dieu, l'apôtre ne les rattache nullement aux limitations propres à la raison humaine. Il remarque avant tout le choix que faisaient ceux qui connaissaient, au moment où, derrière la beauté et la grandeur de la création, se révélait à eux la présence du Créateur. Au lieu de la crainte sacrée et de l'action de grâce, la réponse à une telle révélation naturelle se traduisait souvent par des théories et des conceptions nées non pas tant du désir de connaître la vérité que de la soif de s'affirmer soi-même (v. 21-22).

C'est précisément ainsi que Paul explique l'apparition du paganisme comme religion et comme vision du monde, indissociable pour lui de la violation de la Torah, en l'occurrence du deuxième commandement (v. 23-25). La Torah est une réalité objective ; elle existe depuis aussi longtemps qu'existent les relations de Dieu avec l'homme, et donc depuis aussi longtemps qu'existe l'homme lui-même. Et la violation de la Torah n'est pas seulement un crime contre la loi morale donnée par Dieu, mais aussi la destruction des relations mêmes qui unissent Dieu et l'homme. Il n'est pas étonnant que la conséquence d'une telle destruction soit la dégradation spirituelle et morale dont parle l'apôtre (v. 26-32).