RÉFLEXIONS pour Lc 22:45-23:1
Quelle fut la cause du reniement de Pierre ? L’apostasie ? La peur ? À peine : car tout récemment encore il promettait à Jésus de mourir avec Lui, s’il le fallait. Pierre est certes un homme ardent et résolu, mais il est loin d’être un enfant qui lance des paroles en l’air et distribue des promesses légères. Et, bien sûr, il n’est nullement lâche ; tout ce que nous savons de lui par les récits évangéliques en témoigne. Alors quoi ? Peut-être le caractère inattendu et paradoxal de tout ce qui se passait ? Pierre avait bien promis d’être avec Jésus jusqu’à la fin, comme d’ailleurs tous Ses autres disciples. Mais qu’attendaient-ils ? Jésus leur avait parlé plus d’une fois de Ses souffrances et de Sa mort à venir, ainsi que de Sa résurrection. Mais les apôtres, semble-t-il, ne Le comprirent jamais jusqu’au bout ; tout ne leur devint plus ou moins clair qu’après la Résurrection, et définitivement clair, semble-t-il, seulement après la Pentecôte. Même le jour de l’Ascension, ils attendent que maintenant enfin leur Maître rétablisse le « royaume d’Israël » et devienne le « vrai Messie », le Roi qu’attendaient alors beaucoup de gens. Et alors, pendant et aussitôt après la Cène, ils étaient, semble-t-il, absolument certains que l’insurrection allait commencer d’un moment à l’autre ; leur Maître, bien sûr, serait menacé d’un danger mortel, et eux, bien sûr, étaient prêts à rester avec Lui jusqu’à la fin, quoi qu’il arrive. Et soudain : aucune insurrection ; leur Maître se livre sans résistance ; tout est fini, fini d’une manière complètement absurde. Que faire ensuite ? Il n’est pas étonnant que tous s’enfuient. Si tout s’est terminé sans avoir commencé, à quoi garder fidélité ? Au Maître, même s’Il avait renoncé, semblait-il, à tous Ses projets ? Seul Pierre eut assez de résolution pour cela : il resta afin de voir ce qui arriverait ensuite à Jésus. Et soudain : mais toi, tu étais avec Lui ! — d’un côté, puis d’un autre, puis d’un troisième… Et pour Pierre maintenant : j’y étais, je n’y étais pas, quelle différence ? Quelle importance cela a-t-il maintenant que tout est fini ? — Je n’y étais pas ! Je ne sais rien ni personne, laissez-moi ! — première réaction, tout à fait naturelle. Et aussitôt, comme un éclair, une fulgurance illuminant sa conscience : j’ai trahi ! J’ai renié ! Voilà ce dont Il avait averti ! Et aussitôt un repentir profond, brûlant. Un repentir qui rend l’espérance.
