RÉFLEXIONS pour Mc 14:53-72
Le récit évangélique du procès de Jésus est intéressant non pas tant par son caractère inhabituel que, hélas, par sa banalité. L'histoire connaît nombre de procès mis en scène et motivés politiquement, et, à cet égard, le procès de Jésus n'a rien de nouveau ni d'étonnant. Mais pourquoi les sommets du Temple avaient-ils besoin de ce procès? Sans leur participation, il n'aurait pas pu avoir lieu du tout. Il semblerait que Jésus ait donné bien des motifs de haine aux orthodoxes religieux, et le sacerdoce du Temple était manifestement préoccupé par Son activité. Et pourtant cette inquiétude seule n'aurait pas suffi: en ces années-là, en Judée, la décision d'une condamnation à mort n'était pas si fréquente, et il aurait fallu soumettre la sentence à l'approbation des autorités romaines, connues pour leur minutie juridique. Ce n'était pas du tout la même chose qu'un attentat organisé en secret: l'affaire devenait publique et politique. De plus, l'hostilité du sacerdoce du Temple envers Jésus ne pouvait guère avoir une coloration proprement religieuse: ces hommes avaient traditionnellement une attitude réservée, et même sceptique, envers les livres prophétiques en général et les prophéties sur le Messie en particulier, et ils ne considéraient comme Écriture sainte que la Torah proprement dite (le Pentateuque). Les attentes messianiques de la Synagogue étaient en grande partie étrangères au Temple. C'est pourquoi ils considéraient tout mouvement messianique d'un point de vue exclusivement religieux et politique, ce qui n'a rien d'étonnant: c'est en effet au Temple (plus précisément, au Grand Prêtre) qu'appartenait alors en Judée le pouvoir politique suprême; au-dessus de lui, il n'y avait que le représentant de Rome, le procurateur (celui-là même qui, à cette époque, était Ponce Pilate, mentionné dans l'Évangile). Et du point de vue de la grande politique, tout mouvement messianique était indésirable; le procurateur et le Grand Prêtre s'accordaient là-dessus, car un tel mouvement pouvait facilement se transformer en révolte contre Rome, ce qui finit par se produire en 70 apr. J.-C. Mais les représentants du Temple, et surtout le Grand Prêtre lui-même, jouaient leur propre jeu, utilisant les attentes messianiques répandues dans le peuple et la tension religieuse et politique qui leur était liée en Judée pour faire pression sur le pouvoir romain et obtenir des concessions politiques. Ils considéraient ce jeu politique comme un bien pour la Judée et pour le peuple juif, et leur tâche principale était de garder le processus sous contrôle afin, d'une part, d'obtenir le plus possible de Rome et, d'autre part, de ne pas lui donner de prétexte à une intervention militaire directe. Et Jésus ne fut dans ce jeu qu'une monnaie d'échange: Sa prédication pouvait moins que toute autre chose représenter une menace pour Rome, mais, à travers Son exemple, on pouvait démontrer au pouvoir romain une lutte active contre les fauteurs de troubles en Judée. Et en même temps se débarrasser d'une figure qui irritait à la fois le Temple et la Synagogue. Ainsi, en passant, en jouant à la politique, les sommets du Temple livrèrent à la mort le Messie-Christ envoyé par Dieu.
