RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Mc 5:1-20

L’histoire de la guérison du possédé de Gadara est remarquable non seulement par le fait même de la guérison, de l’expulsion des démons, de la libération de l’homme du pouvoir des forces des ténèbres. Elle est remarquable avant tout par la réaction du guéri lui-même et de ses concitoyens.

Les lecteurs de l’Évangile posent souvent la question : pourquoi Jésus a-t-Il permis aux démons d’entrer dans le troupeau de porcs et de le faire périr ? En effet, on ne rencontre nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament quelque chose de semblable. La réponse la plus simple tient sans doute au fait que, du point de vue de la Torah, le porc est un animal impur : sa viande ne convient ni à l’alimentation ni, encore moins, au sacrifice.

Le Sauveur, à ce qu’il semble, agit selon le principe : « l’impur vers l’impur ». Mais pour les habitants païens du lieu, tout paraît bien sûr différent : ils n’ont rien contre la viande de porc ; ils élèvent visiblement des porcs, comme nous dirions aujourd’hui, à l’échelle industrielle, et la perte du troupeau représente pour eux un dommage certain. C’est peut-être aussi pour cela qu’ils demandent à Jésus de partir : qui sait quelle autre perte cet Homme leur apportera encore ?

Et pourtant, il ne s’agit sans doute pas seulement d’un préjudice matériel. Il s’agit du fait que la guérison a réellement eu lieu. Cela signifie donc qu’un miracle s’est produit, car autrement la guérison ne s’explique pas. Les païens croyaient eux aussi aux miracles, bien sûr, même si, aux temps évangéliques, le monde devenait de plus en plus sceptique et cette foi de plus en plus rare. Mais même ceux qui croyaient aux miracles ne les attendaient pas vraiment et n’en étaient pas toujours heureux.

Dans le monde païen, on pensait depuis longtemps que la faveur des dieux se manifestait surtout par le fait qu’ils se montraient le plus rarement possible. Et leur bienveillance s’exprimait, croyait-on, par des récoltes abondantes, de nombreux enfants, des succès commerciaux et militaires. Mais lorsqu’il se produit dans un temple ou près d’un autel quelque chose d’inhabituel, de surnaturel, cela attire bien sûr l’attention et peut même apporter quelque bien ; pourtant il s’agit tout de même d’une rupture du cours régulier des événements, de l’ordre établi des choses. Aujourd’hui une telle rupture peut même être utile, mais demain ?

Ce genre d’imprévisibilité se révèle le pire pour l’homme déchu ; il est même prêt à renoncer complètement au miracle, pourvu qu’il vive dans un monde prévisible, où tout peut être calculé et programmé d’avance, où même l’inattendu, en un certain sens, devient attendu, parce qu’il ne se produit rien de vraiment nouveau dans un tel monde.

Jésus, justement, a apporté avec Lui quelque chose d’absolument nouveau, d’inouï et d’invisible auparavant : le Royaume. Et les habitants de Gadara, s’ils ne l’ont pas compris, l’ont senti, avec ce sentiment à demi conscient qui nous avertit parfois d’une menace, d’un danger dont nous ne comprenons pas toujours le sens, mais dont nous ne doutons pas de la présence. Et ils demandent à Jésus de partir. Et Il part : car le Royaume ne s’impose à personne par la force. Mais, en partant, Il laisse tout de même aux habitants de la ville un témoin : l’homme qu’Il a guéri. Car seul le témoignage rendu au Royaume peut, dans cette situation, changer quelque chose et peut-être ouvrir à l’un des habitants le chemin du salut.