RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Qo 12:1-14

Bien sûr, tout ce que l'Ecclésiaste a dit du sens de la vie, de l'activité de l'homme et des joies possibles est dévalué par le fait que la vie est passagère et s'achève au shéol (v. 1-7). En réalité, l'Ecclésiaste ne trouve jamais de réponse à la question du sens. La conclusion est simple: tout est vanité (v. 8). Mais, pour un croyant, une telle conclusion ne pouvait évidemment pas être définitive. Car la vanité n'est pas seulement des travaux et des soucis vides et dépourvus de sens. Le mot hébreu correspondant désigne quelque chose qui n'entre pas dans le plan et le dessein de Dieu sur le monde et sur l'homme. La vanité est hors du monde de Dieu; à strictement parler, elle est même hors de l'être; elle n'est qu'un fantôme, une ombre, une brume. Si telle est toute la vie et toutes les œuvres de l'homme, alors la différence entre la vie sur la terre et le séjour dans le shéol n'est pas grande.

Une telle conclusion dévalorisait entièrement l'homme et rendait ses relations avec Dieu tout à fait impossibles. Mais, manifestement, «tout est vanité!» n'est pas le dernier mot de l'Ecclésiaste. Son dernier mot fut l'affirmation de la valeur absolue des commandements de Dieu et de la certitude totale de la réalité du Jugement, qui remettra tout à sa place (v. 13-14). Cette conclusion parut si inattendue que beaucoup de chercheurs bibliques l'ont considérée comme une partie de l'épilogue ajoutée plus tard, non par l'Ecclésiaste lui-même, mais par l'un de ses disciples.

Mais, quant au fond, et d'ailleurs aussi du point de vue de la langue et du style, cet épilogue n'apparaît pas comme un corps étranger. Il fut peut-être réellement écrit par l'un des disciples de l'Ecclésiaste, qui parle de son maître à la troisième personne (v. 9-10), mais il cite très vraisemblablement les paroles de son maître sinon mot à mot, du moins au plus près de la source première. On aurait difficilement pu attendre autre chose en Orient, où les paroles des maîtres et des guides ont toujours été traitées avec un grand respect et souvent apprises par cœur. Dans ce cas, les dernières paroles du livre appartiennent manifestement à l'Ecclésiaste lui-même, bien qu'elles nous aient été transmises par l'un de ses disciples.

Mais alors nous avons devant nous, semble-t-il, l'Ecclésiaste qui a traversé une crise spirituelle et est parvenu à une foi réfutant tous les doutes si nettement présents dans la partie principale du livre. Il doit s'agir, en réalité, d'une nouvelle conversion, qui a manifestement aidé l'Ecclésiaste à comprendre et à vivre d'une manière nouvelle des notions qui lui semblaient déjà bien connues, comme la Torah, le commandement, la sagesse, la justice. Et la réalité du Jugement est devenue pour lui, semble-t-il, précisément une réalité, une réalité authentique et indubitable, qui détermine toute la vie de l'homme. Cela n'est possible que lorsque Dieu fait irruption avec puissance dans la vie d'un homme et la transforme entièrement. Apparemment, cette irruption est devenue l'achèvement du chemin spirituel de l'Ecclésiaste, et peut-être aussi de son chemin de vie, si bien qu'il revint déjà à l'un de ses disciples de témoigner de la dernière conversion du maître vers Dieu.