RÉFLEXIONS pour Qo 8:1-17
De longues réflexions ont finalement conduit l'Ecclésiaste, comme on le voit, à la conclusion qu'il est impossible de comprendre le sens des événements qui se produisent dans le monde, qu'il n'est clair qu'à Dieu, mais non à l'homme (v. 16-17). La valeur de la sagesse ne tient pas au fait qu'elle explique tout ce qui existe, mais au fait qu'elle change l'homme lui-même (v. 1). Et la seule chose pour laquelle il vaille la peine de vivre est la joie (« l'allégresse »), cette joie que peut donner la communion à table dans le cercle des proches et en présence de Dieu (le mot hébreu correspondant employé dans le texte désigne précisément la joie éprouvée par l'homme en présence de Dieu).
Bien sûr, l'homme y est pour peu de chose, car une telle joie est donnée par Dieu ; elle a peu de rapport avec l'allégresse des insensés condamnée par les sages de l'antiquité, la ressemblance n'étant ici qu'extérieure. Mais la joie en Dieu n'est possible que si l'homme est prêt à observer la Torah et à garder la sagesse. C'est en ce sens que l'Ecclésiaste dit du sage qu'il ne connaîtra aucun mal (v. 5). Un tel homme est prêt à tous les tournants du destin, et, bien que personne n'ait pouvoir sur sa propre vie ni ne puisse rien y changer (v. 6-8), le sage ne craint pas les surprises.
Pour l'Ecclésiaste, l'impiété, comme on le voit, est d'abord liée au désir d'éviter quelque chose que les impies perçoivent comme un mal (v. 8), mais il comprend évidemment la stérilité finale de telles tentatives (v. 12-13). C'est pourquoi, semble-t-il, l'Ecclésiaste insiste sur la conscience professionnelle et l'honnêteté dans les affaires du service de l'État : il ne s'agit pas seulement du fait qu'une autre conduite serait imprudente et dangereuse, mais aussi du fait qu'en agissant autrement, l'homme viole les serments prêtés devant Dieu, trompant non seulement le roi, mais aussi Dieu (v. 2-4). Bien sûr, puisque le châtiment du péché ne s'abat pas immédiatement sur le pécheur, beaucoup ont l'impression qu'on peut l'éviter tout à fait (v. 11). Mais, selon l'Ecclésiaste, il est tout de même inévitable (v. 12-13).
Il reste cependant assez difficile de comprendre en quoi consiste précisément, dans ce cas, cette inévitabilité. Les impies et leurs oeuvres, selon l'Ecclésiaste, sont vite oubliés (v. 10). Mais il avait dit un peu plus tôt la même chose des bonnes oeuvres qui méritent mémoire (Eccl. 4:15-16). Quant aux récompenses et aux châtiments en ce monde, l'Ecclésiaste ne se fait pas d'illusions au sujet de la justice : trop souvent les justes reçoivent ce que méritent les impies, et inversement (v. 14). Apparemment, le seul châtiment de l'impie est l'impossibilité de cette joie en Dieu qui est accessible au juste. Dans ce cas, la justice, comme la sagesse, se révèle être une récompense en elle-même, et l'acquisition de la sagesse, comme la vie juste, devient une fin en soi.
