RÉFLEXIONS pour Lc 11:29-33 — le 11 novembre 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 11:29-33

Jésus refuse assez fermement d'accéder à la demande des pharisiens qui exigent de Lui des miracles prouvant qu'Il est le Messie. Pourquoi ? Les miracles n'avaient pourtant rien de répréhensible en eux-mêmes ; ils n'étaient qu'un moyen de reconnaître le véritable Messie, une sorte de signes de reconnaissance convenus, permettant aux initiés de ne pas se tromper dans leur choix. Mais ce n'était là qu'un aspect de la question. L'autre tenait au fait que tout système de signes de ce genre est toujours lié à certaines conceptions théologiques auxquelles le Messie doit correspondre.

Il apparaissait alors que les pharisiens avaient besoin de signes prouvant non seulement que Jésus était le Messie, mais aussi qu'Il l'était de la « bonne » manière, du point de vue de ceux qui avaient élaboré ce système de signes, c'est-à-dire des pharisiens eux-mêmes. En fait, on demandait à Jésus non pas simplement de prouver qu'Il était réellement le Messie, mais de manifester Sa volonté de jouer selon les règles des pharisiens. Il ne pouvait évidemment consentir à une telle concession : leurs conceptions messianiques étaient assez éloignées du sens du ministère terrestre du Sauveur.

Aux pharisiens qui Lui réclament des signes, Jésus donne en exemple des païens, tels les habitants du royaume de Saba et de Ninive : les uns ont su reconnaître un porteur de la sagesse de Dieu, les autres un porteur de Sa révélation, alors qu'ils ne disposaient d'aucune tradition, d'aucun savoir particulier, et encore moins d'un système théologique qui les aurait aidés à voir la vérité. Les pharisiens, eux, avaient tout le nécessaire pour voir et reconnaître le Messie s'ils le voulaient, mais ils ne l'ont pas voulu. Rien d'étonnant à ce que, dans ces conditions, la tradition devienne un reproche et une condamnation pour ceux qui la portent : au jour du Jugement, ceux qui n'en disposaient pas pourront dire qu'ils ont réussi, sans aucune tradition, là où les pharisiens ont échoué, eux qui en étaient si fiers mais n'ont jamais su en tirer parti.

La situation paraît paradoxale, mais, à bien y réfléchir, elle n'a rien d'étonnant : la tradition n'a de valeur et de sens que lorsque ceux qui s'en réclament ne sont pas spirituellement inférieurs à ceux qui l'ont formée. Sinon, il ne s'agit pas d'assimiler une tradition spirituelle, mais seulement de l'imiter. Cette imitation peut faire impression dans un monde que le souffle du Royaume n'a pas encore transfiguré ; mais, au jour du Jugement, toutes les imitations de ce genre paraîtront ridicules et stupides.