RÉFLEXIONS pour Lc 7:17-30 — le 17 octobre 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 7:17-30

Lorsque nous lisons dans l'Évangile selon Luc que Jean le Baptiste, emprisonné, envoie ses disciples interroger le Seigneur Jésus : « Es-Tu Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? », le plus souvent une autre question nous vient : pourquoi Jean doute-t-il ? Cette question est devenue un lieu commun et revient régulièrement chez toutes sortes de personnes. Peut-être se posait-elle aussi aux disciples qui accompagnaient Jésus-Christ, dont certains avaient auparavant été disciples du Baptiste et avaient été dirigés vers Jésus par Jean lui-même. Cela explique en partie pourquoi, après avoir répondu aux envoyés de Jean, le Seigneur se tourne vers le peuple et prononce ces paroles étonnantes au sujet du Baptiste : « Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'est pas de prophète plus grand que Jean. » En tout cas, dans ce passage, et particulièrement dans la réponse aux envoyés, on ne trouve aucun reproche de peu de foi, comme le Seigneur en adresse parfois aux disciples et au peuple.

Apparemment, la question de Jean le Baptiste est plus profonde que nous ne le pensons. Elle est d'ailleurs posée par un homme qui, contrairement à nous, n'a pas lu l'Évangile et ne connaît pas la résurrection. Nous pouvons tenter de reconstituer le sens de la question à partir de la réponse du Christ, comme il faut souvent le faire en lisant l'Évangile. Très probablement, Jean, qui connaît bien l'esprit et la lettre de l'Ancien Testament, interroge Jésus sur quelque chose qui se rapporte aux prophéties concernant le Royaume du Messie : la Lumière de Dieu y transfigurera le monde entier, tout mal y sera vaincu et Dieu Lui-même essuiera toute larme humaine. Les prophètes de l'Ancien Testament annonçaient le sens spirituel de ce que Dieu donnerait par le Christ, mais le mystère de Sa première et de Sa seconde venue ne leur avait pas été révélé. Ils ne distinguaient pas ce qui s'accomplirait dans la Nouvelle Alliance de ce qui aurait lieu à la fin des temps. Jean le Baptiste demande probablement justement s'il faut attendre l'accomplissement de ces prophéties et comment il se réalisera. Il ne faut pas oublier non plus qu'à cette époque, la théorie de deux Messies — un Roi et un Prêtre, dont les ministères seraient différents — était populaire parmi les théologiens juifs. Cette théorie était née de l'interprétation de certaines prophéties, alors que le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu demeurait encore inaccessible aux hommes. Enfin, à ce moment-là, selon le témoignage des évangélistes, le Seigneur Jésus n'avait pas encore parlé de la Nouvelle Alliance. Les évangélistes témoignent unanimement que la Nouvelle Alliance n'est conclue qu'à la dernière Cène, mais cela reste encore caché au Baptiste.

Il ne s'agit donc pas d'un doute de Jean sur le fait que Jésus de Nazareth est le Messie. Pour lui, le messager du Royaume de Dieu, il importe de voir ce qui se passe à la lumière des prophéties. C'est précisément pourquoi le Seigneur répond à sa question en indiquant les prophéties qui s'accomplissent déjà dans les événements du moment, et cette réponse satisfait apparemment Jean. On comprend aussi pourquoi le Christ ajoute : « Heureux celui pour qui Je ne serai pas une occasion de chute. » Le Seigneur attire ainsi l'attention de Jean sur le fait que les prophéties sont plus profondes que leur compréhension littérale et que leurs interprétations courantes ne sont pas entièrement justes.

Enfin, l'évangéliste Luc nous rapporte qu'après avoir écouté le Christ, tout le peuple rendit gloire à Dieu, ayant reçu le baptême de Jean. Cela signifie que le Seigneur a confirmé par Sa parole le ministère de Jean le Baptiste comme dernier messager de la Nouvelle Alliance. Peut-être était-ce là, en réalité, le sens sous-jacent de la question de Jean : il s'adresse au Fils de Dieu Lui-même pour L'interroger sur son propre ministère. Toute la vie de Jean avait été consacrée à prêcher le repentir et la préparation à la venue du Christ ; maintenant, il soumet ce ministère au jugement du Fils de Dieu. Et le Seigneur lui répond que, dans le Royaume des Cieux annoncé par Jean le Baptiste, le don de Dieu aux hommes dépasse incomparablement tout ce que nous pouvons concevoir. Le plus petit dans le Royaume possédera davantage que Jean ne possède maintenant. Cela rappelle les paroles de l'apôtre Paul : aujourd'hui, nous voyons Dieu comme à travers un verre obscur, de manière énigmatique, tandis que dans le Royaume, la Lumière de Dieu atteindra nos yeux sans obstacle.