RÉFLEXIONS pour Jb 39:19-30; Jb 40:1-5
Dans la dernière partie du poème sur la puissance du Créateur, l'auteur du livre de Job parle de la force des êtres créés par Dieu, des chevaux et des oiseaux de proie. La force du cheval et la précision de l'aigle témoignent de l'extraordinaire vitalité de toute la création, auprès de laquelle les capacités de l'homme sont bien faibles. Le thème principal de ces versets est la force supérieure du Créateur ; le chapitre suivant y reviendra avec plus de clarté encore.
Bien sûr, il ne s'agit pas pour Dieu d'effrayer Job par Sa force : à quoi bon effrayer davantage Job, déjà écrasé par tous les malheurs qui se sont abattus sur lui ? Mais, dans le contexte du livre, il est fondamental, d'une importance exceptionnelle, que personne ni rien ne surpasse le Créateur en force et en puissance. Personne ni rien n'aurait pu Le contraindre à répondre à Job, du moins rien dans le monde créé. La raison pour laquelle Dieu S'adresse au souffrant, de façon si inattendue pour le lecteur, réside en Dieu Lui-même ; à côté de cela, la longue description de la grandeur de la création passe au second plan. La puissance du Créateur se révèle tout autre que celle des petits souverains orientaux que l'homme connaît. Ceux-ci cherchent à s'élever en humiliant leurs sujets et en exigeant qu'on ne s'adresse à eux que face contre terre, dans la poussière. Dieu est libre de ce complexe d'infériorité des souverains ; Il parle à Job parce que le cri du souffrant Lui est intelligible.
Un certain mystère se cache ici : librement, sans contrainte, Dieu répond à Job parce qu'Il comprend ce que Job Lui dit et y attache de l'importance. Selon la pensée de l'auteur du livre, Dieu S'intéresse donc, si l'on peut s'exprimer ainsi, à Job lui-même et à l'objet de leur conversation. L'auteur ne se risque pas à concevoir pourquoi le regard du Tout-Puissant se tourne vers la souffrance. La pensée humaine, religieuse et philosophique avant tout, insiste obstinément sur l'impassibilité de la Divinité, sur le fait que la souffrance Lui serait profondément étrangère par Sa nature même, telle que nous nous la représentons. Ce phénomène caractérise presque toutes les religions, et les penseurs chrétiens ne font pas exception ; il est fort probable qu'il s'explique par des raisons psychologiques. L'homme cherche pour lui-même un domaine de paradis où il puisse espérer se séparer de sa souffrance ; il lui importe donc, d'un point de vue logique, d'affirmer l'apathia, l'impassibilité, dans le domaine divin. Mais le livre de Job, comme beaucoup d'autres textes bibliques, porte la révélation que Dieu est compatissant, qu'Il connaît la douleur de la perte, le tourment de l'amour non partagé et la peine d'une vie que l'on arrache : Dieu comprend ce que crie Job.
Il est frappant que le Seigneur Jésus cite ce chapitre du livre de Job dans Son entretien avec les disciples sur la fin du monde, au mont des Oliviers. On ne peut évidemment pas exclure que le Christ dise « là où est le cadavre, là se rassembleront aussi les aigles » simplement parce qu'Il pense dans le langage biblique et que cette citation Lui revient à l'esprit. Cela peut témoigner pour nous de l'inspiration divine du texte écrit par l'auteur du livre de Job. Mais peut-être le Christ, dans Son entretien au mont des Oliviers, Se souvient-Il du livre de Job au-delà des seuls mots : Il parle du dessein de Dieu, que l'homme est impuissant à vaincre.
Il est très important que Job, dans l'humilité, « mette sa main sur sa bouche » et refuse de répondre aux paroles du Seigneur. Beaucoup d'entre nous, réjouis par l'occasion qui leur serait offerte, se mettraient fébrilement à énumérer leurs griefs et leurs demandes. Pour Job, une seule chose compte : son sort n'a pas échappé aux mains du Tout-Puissant.
