RÉFLEXIONS pour Jb 11:1-20 — le 15 août 2024

RÉFLEXIONS pour Jb 11:1-20

En entrant dans la discussion avec Job, son troisième ami, Çofar, commence aussitôt à lui faire des reproches. Il qualifie de vains discours ses demandes d'un jugement équitable. À ses yeux, ce qui est arrivé est une miséricorde de Dieu d'autant plus grande que Job, selon lui, mérite bien pire. En exigeant la justice et une explication des causes de ses souffrances, Job exige l'impossible : une relation personnelle avec Dieu, ce qui constitue pour Çofar une atteinte inadmissible à la grandeur du Créateur. En effet, pourquoi le Tout-Puissant daignerait-il s'abaisser jusqu'à l'homme ? Pourquoi devrait-il lui rendre compte de ses actes ?

L'auteur met ensuite dans la bouche de Çofar des paroles sur la grandeur insondable de Dieu, qui dépasse toute intelligence. Des paroles très justes... Çofar dit que Job ne peut « trouver Dieu par la recherche » ; littéralement, ces mots signifient « retrouver Dieu à la trace ». La réponse négative est évidente ; à l'époque où le livre fut écrit, l'Ecclésiaste avait posé et résolu cette question. Mais Çofar n'entend pas ce que dit Job : celui-ci ne cherche pas à trouver Dieu, il l'appelle et lui demande une réponse. C'est l'un des problèmes essentiels du livre. Un homme ordinaire qui souffre aspire à ce que Dieu se révèle à lui et lui fasse connaître sa volonté. Ce besoin de Job dépasse radicalement le cadre de l'Ancienne Alliance, où la Révélation était le lot de quelques élus, juges et prophètes. Le commandement de Dieu est accessible et proche de l'homme, dit le Deutéronome. Dans l'Ancienne Alliance, le commandement est une sorte de médiateur entre Dieu et l'homme ; l'apôtre Paul en parlera plus tard en détail dans l'épître aux Romains. Mais en jugeant l'homme selon les prescriptions du Tout-Puissant, le commandement les éloigne l'un de l'autre. Voilà ce que Job ne peut supporter, tandis que cet éloignement convient fort bien à ses amis. Ils s'indignent si violemment de ce que Job cherche une réponse de Dieu qui lui soit personnellement adressée, ils sont si unanimes à y voir un blasphème qu'ils révèlent par là leur propre erreur.

Çofar, Élifaz et Bildad considèrent que, si Job souffre, c'est qu'il est coupable ; ils n'ont besoin d'aucune autre logique. Pour l'auteur du livre, cependant, l'important est que Job est prêt à recevoir de Dieu le bien comme le malheur, mais directement de Dieu seulement. Pour Job, ce qui importe avant tout, c'est que Dieu est une personne à laquelle l'homme est semblable. Pour ses amis, au contraire, l'important dans la Révélation de l'Ancien Testament est que Dieu est infiniment grand, élevé et éloigné d'eux. S'il s'approche, cela risque de bouleverser tout leur mode de vie spirituelle. Quelques siècles plus tard, de semblables « amis de Job » diront à Jésus de Nazareth : « Pourquoi blasphème-t-il ainsi ? Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » (Mc 2:7). Et ceux qui ont besoin de Dieu, comme Job, diront de Jésus : « Il était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme venant au monde » (Jn 1:9).