RÉFLEXIONS pour Qo 7:1-29 — le 29 juillet 2024

RÉFLEXIONS pour Qo 7:1-29

À partir du chapitre 7, l'Ecclésiaste parle de ce qu'il voit comme des préfigurations, de pâles images de ce bien suprême qu'il a découvert inaccessible à l'homme. Tout ce dont traite la seconde moitié du livre est désigné comme טוב tov : sagesse et modération, piété et justice. Il n'y a pas là de véritable bonheur — יתרון, ithron —, mais l'homme y trouve néanmoins, selon l'Ecclésiaste, quelque chose qui lui ressemble. Dans le bien relatif et éphémère de la vie quotidienne, on perçoit une préfiguration de la béatitude évangélique, ce qui donne au bien passager, insaisissable et imparfait au moins une certaine valeur.

Par son contenu et sa forme littéraire, le septième chapitre est très proche d'autres œuvres des « sages d'Israël ». Il contient une série de sentences aphoristiques assez peu liées entre elles. Le principal trait distinctif de toutes les pensées qui composent ce chapitre est le caractère relatif du bien. Dans les chapitres précédents, l'Ecclésiaste conclut à la vanité de tout ce qui est au monde et au fait que rien de terrestre ne peut rassasier l'âme humaine. Pourtant, dans ce qui est terrestre et vain, il distingue soigneusement le bon du mauvais, même si l'on ne peut les appeler que « meilleur » et « pire ». « Un bon nom vaut mieux qu'une huile précieuse » : la première ligne du chapitre en donne un exemple frappant.

Mais le septième chapitre contient aussi plusieurs paroles qui révèlent au lecteur ce que l'Ecclésiaste sait et pense de Dieu. La plus énigmatique est Qo 7:14 : « Aux jours de prospérité, jouis du bien ; aux jours de malheur, réfléchis : Dieu a fait l'un et l'autre pour que l'homme ne puisse rien dire contre lui », selon la traduction synodale russe. D'autres traductions rendent les derniers mots ainsi : « Dieu a créé l'un et l'autre pour que l'homme ne puisse comprendre ses œuvres », ou « pour que l'homme ne puisse rien dire après lui-même ». La traduction slavonne, copiant aveuglément la Septante, dit ici : « Dieu a fait cela au sujet de la parole, afin que l'homme ne trouve rien après lui » ; quant à la Septante elle-même, ses mots « peri lalias, ina me euri ho antropos opiso autou meden » signifient : « Dieu a tout créé ainsi pour que l'homme ne puisse rien dire après lui. » La Vulgate propose cette lecture : « sic et illam fecit Deus ut non inveniat homo contra eum iustas querimonias », « Dieu a fait l'un et l'autre de telle sorte que l'homme ne trouve contre lui aucune plainte juste ». Les traductions européennes préfèrent la version « pour que l'homme ne sache pas ce qui viendra après ». Deux compréhensions de ces paroles sont donc possibles : a) Dieu a créé le bien et le malheur pour que l'homme ne puisse connaître son avenir ; b) Dieu a créé le bien et le malheur pour que l'homme ne puisse murmurer. Quoi qu'il en soit, l'Ecclésiaste parle de l'humilité humaine devant la volonté du Créateur, qui envoie le bien et le malheur. Ce point de vue est caractéristique des « sages d'Israël », et même de l'Ancien Testament dans son ensemble. Seuls les prophètes voient les choses un peu différemment, estimant que le malheur est le fruit des pensées propres à l'homme dans un monde ordonné selon la bonne Loi du Créateur (cf. Jr 6:19). Il importe que ce soit précisément cette position pessimiste qui forme le milieu où retentira cette révélation capitale du Christ : « Ne crains pas, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12:32).

Ensuite, au verset 20, l'Ecclésiaste rappelle au lecteur, dans le cadre de sa recherche, cette pensée importante : « Il n'y a pas sur terre d'homme juste qui fasse le bien sans pécher. » Pour l'auteur, elle fonde l'appel, d'une part, à ne pas dépendre des opinions et des jugements humains et, d'autre part, à s'abstenir de la condamnation que le Christ Sauveur interdira. Mais cette affirmation est aussi très importante en elle-même : l'oublier conduit l'homme à une satisfaction de soi pharisienne.

La dernière phrase du chapitre 7 est capitale pour la conception biblique de l'homme. L'Ecclésiaste, comme bien d'autres auteurs bibliques, dit que Dieu a créé l'homme juste, littéralement droit, sans courbure. La responsabilité du péché repose donc sur l'homme lui-même : c'est lui qui détruit la justice, la droiture originelle. On remarque la ressemblance entre cette phrase et la dernière phrase de la première partie, poétique, du chapitre : « Qui peut redresser ce qu'il a fait courbe ? » (Qo 7:13). Par ce contraste, l'Ecclésiaste souligne une fois encore que Dieu n'a pas créé le péché, mais que l'homme lui-même en est coupable. Le sens de la dernière phrase, que la traduction synodale, comme le texte slavon, copie de la Septante, peut se rendre ainsi : « L'homme cherche trop d'inventions », autrement dit, selon les mots habituels de l'Ecclésiaste, il poursuit le vent.