RÉFLEXIONS pour Qo 6:1-12
Aux chapitres 6 à 8, l'Ecclésiaste développe l'idée d'une sage modération esquissée à la fin du chapitre 5. Le sixième chapitre revêt dans ce contexte une importance exceptionnelle : l'Ecclésiaste y dit que les richesses et la gloire sont données à l'homme par Dieu ; pourtant, il considère aussi leur possession comme vanité et poursuite du vent. La mort met une limite à la jouissance des richesses, et le sort de l'homme après la mort échappe à son pouvoir. Sur cette base, l'Ecclésiaste établit une distinction profonde entre les besoins terrestres de l'homme et ce dont son âme a besoin. Les richesses n'apportent que l'abondance de nourriture : « Tout le travail de l'homme est pour sa bouche, mais son âme n'est pas rassasiée. » Ni la prospérité, ni la longue vie à laquelle les hommes aspirent, ni même une nombreuse descendance et la gloire ne rassasient l'âme. Mais sans cette nourriture mystérieuse de l'esprit, sans ce dont l'âme humaine peut jouir comme le corps jouit des plaisirs terrestres, la vie n'a pas de sens.
C'est une conclusion très grave, que l'on peut considérer comme la principale du livre de l'Ecclésiaste : rien de terrestre ne rassasie l'âme, mais si l'âme ne trouve pas sa nourriture mystérieuse, la vie perd son sens. « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute [parole] qui sort de la bouche du Seigneur », disait le Deutéronome. L'Ecclésiaste affirme la même chose ; de plus, pour lui, la nourriture de l'âme a la primauté sur tout le reste, même sur la vie humaine elle-même.
À première vue, l'Ecclésiaste ne dit rien de ce qui pourrait « rassasier l'âme », devenir pour elle une source de joie et de vie. Mais peut-être faut-il ici prêter attention à ce dont il ne parle pas. Examinant systématiquement la vie humaine et ce qui la compose, abordant aussi bien la piété que les relations avec Dieu, l'Ecclésiaste ne trouve rien qui puisse « rassasier l'âme ». Pourtant, il laisse délibérément hors de son étude l'expérience de la communion directe de l'homme avec Dieu, le Libérateur d'Israël. Pour un sage et un chercheur vivant à l'époque postexilique, lorsque Dieu envoyait à son peuple de nombreux prophètes — les derniers étaient peut-être contemporains de l'auteur —, un tel silence ne peut être qu'intentionnel.
Seul le Tout-Puissant lui-même, dont l'être est enveloppé de mystère et demeure incompréhensible aux fils des hommes, reste en dehors de l'étude de l'Ecclésiaste. C'est au fond naturel, puisque le Seigneur, du moins pour l'Ecclésiaste, demeure au-delà du monde humain. Mais si rien dans le monde humain ne peut « rassasier l'âme », alors que l'âme demande néanmoins à être rassasiée, la réponse à la quête de l'Ecclésiaste ne peut se trouver qu'auprès de Dieu.
Et le Seigneur donne cette réponse en disant : « En vérité, en vérité, je vous le dis : ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde », et « Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif » (Jn 6:32–33, 35). Mais pour l'Ecclésiaste, cette réponse n'a pas encore retenti : ses paroles sont donc pleines de tristesse. Il importe pourtant, comme nous l'avons déjà souligné, que l'Ecclésiaste suppose l'existence d'une réponse à la question du Pain de vie ; même s'il ne la trouve pas lui-même, sa tristesse fait naître l'espérance.
