RÉFLEXIONS pour Dn 9:18
Il est désormais impossible de savoir d’où l’auteur du livre de Daniel a tiré cette prière de délivrance qu’il a mise dans la bouche de son héros. Très vraisemblablement, elle remonte réellement à la fin de l’époque de l’exil, au temps de la prédication d’Isaïe de Babylone, qui commença par l’annonce du prochain effondrement de l’Empire babylonien et de la libération du peuple de Dieu. L’esprit de la prière est manifestement pénitentiel: on y entend une évaluation spirituelle sobre et autocritique de toute l’époque d’avant l’exil comme d’une époque d’apostasie générale et de transgression des commandements donnés par Dieu. Mais il y a aussi l’espérance du pardon, une espérance née des paroles des prophètes d’avant l’exil, qui promettaient que l’exil ne durerait pas toujours, qu’un temps viendrait où le peuple de Dieu se repentirait de ses péchés et se tournerait vers Dieu, devenant le peuple de Dieu non seulement de nom, mais en vérité, se transformant en communauté de fidèles à laquelle il ne serait plus dangereux de confier la terre promise par Dieu à Abraham.
Cependant, cette espérance n’est déjà plus liée à des droits particuliers ou à des mérites devant Dieu, comme cela arrivait souvent avant l’exil, ni même au fait qu’on réussirait d’une manière ou d’une autre à persuader Dieu de fermer les yeux sur les péchés commis par le peuple. Il s’agit seulement des plans de Dieu, du témoignage et de l’anti-témoignage, du fait que la maison de Dieu, gisant en ruines, amène les peuples voisins à penser que le plan de Dieu a échoué et que l’histoire de Son peuple est finie pour toujours. On ne pouvait plus compter sur la justice; il ne restait qu’à espérer la condescendance, la «miséricorde» de Dieu, et que Dieu, en accomplissant Son dessein sur le monde, sur Son peuple et sur le salut, ne mépriserait tout de même pas ceux avec qui Il avait tant travaillé, essayant de faire d’eux un instrument parfait pour réaliser Ses plans.
Il ne restait désormais au peuple qu’un seul chemin, celui de l’abandon complet de soi à la volonté de Dieu, le chemin de la communauté des fidèles pour qui toute tentative de s’écarter du chemin équivaut à une mort historique, à la disparition, à l’assimilation. Car il n’y avait plus ni forces morales et physiques ni temps historique pour des expériences historiques comme celles menées avant l’exil, pour les tentatives d’organiser son destin historique sans Dieu, de vivre comme tout le monde. L’histoire arrivait déjà dans sa ligne droite finale: le prochain grand événement dans l’histoire du peuple, selon le témoignage des prophètes, devait être la venue du Messie et l’avènement du Royaume messianique.
