RÉFLEXIONS pour Ez 44:1-31
Le mot clé pour comprendre tout le chapitre 44 du livre du prophète Ézéchiel est la révérence. Le prophète a déjà proclamé la promesse de la purification, du salut et du rétablissement d’Israël. Le Seigneur a promis que, dans l’alliance de paix qu’Il conclura avec le peuple, les hommes recevront l’Esprit de Dieu, qui orientera nos cœurs vers l’accomplissement de la volonté du Tout-Puissant. Le Messie sera le Pasteur d’Israël et conduira le peuple sur le chemin de la vie. Mais le prophète a également dit que chacun répond de lui-même et de son choix moral ; la liberté spirituelle des hommes n’est donc en rien compromise. C’est précisément pourquoi, dans la prophétie du nouveau Temple, l’appel à ne pas répéter ce qui a conduit à la destruction du Temple de Salomon est si important. L’alliance de paix et la venue de l’Esprit de Dieu sur les hommes ne sont donc pas une forme de « lavage de cerveau » qui les rendrait automatiquement justes, mais bien un chemin que le Seigneur ouvre. On ne peut s’y engager que librement.
Dans le nouveau Temple, le service de Dieu reprend sur la base de l’expérience spirituelle qu’Israël a acquise durant les années d’exil ; cette expérience exige avant tout de prendre au sérieux la sainteté de Dieu. Les prescriptions sur l’éloignement de la souillure du péché et l’organisation de la vie liturgique au Temple ne doivent pas être considérées comme une invention humaine dont on pourrait faire peu de cas. Avant l’exil, beaucoup en Israël pensaient peut-être que Dieu ne remarquait pas les transgressions mineures : « Dieu ne verra pas. » Désormais, tous savent que ce n’est pas une plaisanterie : la proximité de Dieu s’est manifestée au peuple de la façon la moins équivoque. Israël est appelé à s’approcher de Dieu avec joie et tremblement, parce qu’il sait que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est le Dieu vivant et vrai.
Le pardon dont la prophétie du nouveau Temple est le résultat et l’expression n’a pas été accordé à Israël en raison de ses mérites. C’est uniquement à cause de Son nom, uniquement à cause de Sa miséricorde, que le Seigneur accomplit Son intervention salvifique. Israël doit donc apprendre à vivre et à se tenir devant Dieu avec cette expérience du pardon immérité, du salut qui l’arrache à une ruine librement choisie et méritée. C’est une tâche spirituelle qui est loin d’être simple. Il faut une immense confiance en Dieu pour accepter que nous sommes pardonnés non parce que nous avons quelque chose de bon, mais uniquement et exclusivement parce que Dieu est saint. Aucun exploit ascétique ne peut nous gagner la miséricorde du Créateur ; Il nous sauve uniquement parce qu’Il est bon. La révérence envers le sacré dont parle le prophète dans ce chapitre est la seule attitude possible envers Dieu, qui sauve les hommes en raison de Sa sainteté, et non de la leur. La révérence, mélange insondable d’adoration, de joie et de crainte, guidera le peuple dans ses relations avec Dieu.
Il est difficile de l’apprendre, car il faut pour cela apprendre l’humilité, la confiance en Dieu et l’amour pour Lui. Au fond, cette proximité tremblante avec l’Invisible, dont parlent les prescriptions liturgiques exposées au chapitre 44, n’est possible que comme fruit de l’amour de Dieu. Qui peut accomplir cela ?
Depuis l’Antiquité, l’Église voit dans le début du chapitre 44 une prophétie sur la Vierge d’Israël, l’Unique dont le Seigneur a regardé l’humilité. Les paroles sur la porte fermée parlent de la Vierge, Mère du Christ : « Cette porte restera fermée, elle ne s’ouvrira pas, et personne n’entrera par elle, car le Seigneur, le Dieu d’Israël, est entré par elle ; elle restera donc fermée. » Elle a trouvé grâce auprès de Dieu, et Son humilité et Son amour pour Lui sont préfigurés par les paroles d’Ézéchiel sur la manière dont Israël doit servir Dieu. C’est sans doute aussi à Elle que l’on peut rapporter les dernières paroles de ce chapitre : le Seigneur Lui-même sera la part de Ses serviteurs et la source de leur vie.
