RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mt 13:24-30

Quiconque a possédé ne serait-ce qu'un lopin de terre sait que Jésus dit une chose absolument impossible. Comment peut-on ne pas désherber le sol ? Si l'on laisse les mauvaises herbes pousser jusqu'à la moisson, comme l'a fait le maître du champ, seules les mauvaises herbes pousseront et étoufferont les plantes utiles. Le Seigneur donne une explication : « de peur qu'en ramassant l'ivraie vous n'arrachiez le blé avec elle ». Mais Il vient de dire que le fruit est apparu et que έφάνη, ephanē, l'ivraie s'est montrée. Elle s'est déjà manifestée : comment peut-on alors la confondre avec le blé ? Et pourquoi la laisser si elle doit de toute façon être brûlée ?

Écoutons le texte original. Le Seigneur dit : « laissez croître ensemble άμφότερα, amphotera, l'un et l'autre ». Dans le langage moderne, l'« amphotérie » désigne la capacité de manifester des propriétés opposées. Tel est le mystère de la miséricorde du Tout-Puissant : la liberté de grandir nous est accordée. Et cette liberté implique la possibilité de choisir entre le bien et le mal. À l'ivraie est donnée la possibilité de devenir du blé.

Le Tout-Puissant est patient. Il nous supporte longtemps, nous donnant non seulement la liberté, mais aussi la possibilité de revenir à Sa vérité, à Sa lumière et à Sa vie. Tout d'abord, cette parabole répond à la question que Job avait déjà posée : « Pourquoi les méchants vivent-ils, vieillissent-ils et croissent-ils en force ? » (Jb 21,7 ss.). Pourquoi les gens indignes prospèrent-ils ? Afin de ne pas arracher le blé avec eux.

Si cette parabole et la propriété du Royaume des Cieux qu'elle décrit ne te plaisent pas, si elle te paraît injuste, cela signifie très probablement que tu te considères comme du blé. Alors se pose en toi cette question : « Pourquoi le maître de la maison tolère-t-il toutes sortes d'ivraie à côté de quelqu'un d'aussi remarquable que moi ? » Il est utile, dans ce cas, de se poser une autre question : faut-il vraiment m'identifier au blé ? Est-ce que je porte beaucoup de fruit pour Dieu ? Puisque nous sommes tous, au fond, de l'ivraie qui n'apporte rien au Créateur, Sa patience n'est pas l'espérance d'un autre, mais précisément notre unique espérance, notre seule chance de devenir du blé avant que ne sonne l'heure de ta moisson.