RÉFLEXIONS pour Jb 3:2-3
Telle est la première réaction de Job aux malheurs qui se sont abattus sur lui : il commence par maudire le jour de sa naissance. Il faut dire que chez les Juifs, du moins dans l'Antiquité, il n'était pas d'usage de célébrer l'anniversaire de naissance d'un homme. L'homme venait seulement de venir au monde ; il n'y avait rien de remarquable dans ce fait en soi, et si l'on devait célébrer certains événements de la vie d'un homme, c'étaient ceux qui témoignaient de ses réalisations dans ce monde, non son apparition même à la lumière. Mais maudire le jour de sa propre naissance ne serait évidemment venu à l'esprit de personne. Même une mauvaise vie était considérée comme meilleure que la mort, meilleure que le shéol qui attendait chacun au bout du chemin : on n'attendait pas de rétribution après la mort, le shéol était le même pour tous.
Job considère la vie, du moins la sienne, précisément comme un mal. Un mal plus grand encore que le shéol. C'était pour le moins étrange. S'il s'était agi, par exemple, d'un bouddhiste, un tel discours aurait été tout à fait compréhensible : pour un bouddhiste, la vie est précisément un mal, et toute vie, même très heureuse. Parce que même la vie la plus heureuse est pleine de souffrances et se termine d'une manière qui n'a rien d'heureux. Mais Job n'est pas bouddhiste. Et il n'a pas haï la vie pour des considérations générales. Cette vie est simplement devenue soudain pour lui insupportable. À cause de la maladie et des autres malheurs ? Peut-être, bien sûr.
Mais il ne s'agit pas seulement, ni même tellement, des maladies et des malheurs. Job lui-même dit que ce qu'il redoutait lui est précisément arrivé. Et il ne s'agit manifestement pas des maladies et des malheurs en tant que tels. Ce n'est pas par hasard que Job est présenté dans le livre comme un juste idéal, tel qu'en général il n'en existe pas dans la vie. L'auteur en avait besoin. Parce qu'un tel juste, selon les représentations religieuses généralement admises de son époque, celle de l'auteur, ne devrait pas souffrir. Les justes ne souffrent pas, ce sont les pécheurs qui souffrent. Il semblerait que dans la Bible, même dans les livres de l'Ancien Testament, il soit question plus qu'assez de la souffrance des justes.
Mais ici, il n'y a tout de même pas cette logique évangélique qui décrit la souffrance du juste comme conséquence inévitable de l'incompatibilité entre la justice et le monde qui gît dans le mal. Ici, la souffrance du juste reste une anomalie, même trop fréquente, même souvent prolongée. Et voici que le juste parfait pose enfin, pour la première fois dans l'histoire du peuple de Dieu, la question de front : pourquoi donc moi, juste, devrais-je souffrir ? Et si le juste souffre, peut-on considérer la vie comme un bien ? Ne serait-elle pas du tout un don de Dieu, mais une punition de Sa part ?
