RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Rm 10:6-8

Paul rappelle un passage du Deutéronome où il est dit que la Torah n'est ni au ciel ni au fond de la mer, qu'elle est accessible à l'homme, pourvu que l'homme lui-même veuille la suivre. Le sens du passage est tout à fait transparent : l'homme n'a pas à se justifier en disant que la Torah est trop complexe pour lui, ou qu'elle est trop haute ou trop profonde pour son intelligence. Elle peut et doit être dans le coeur de l'homme et sur ses lèvres, et il se peut bien qu'il s'agisse ici non seulement de suivre la Torah, mais aussi d'en témoigner.

Dans ce contexte, l'apôtre interprète allégoriquement les paroles sur le ciel et l'abîme marin comme se rapportant à la mort du Christ et à Sa résurrection d'entre les morts. Il fait ainsi comprendre que les personnes qui ne veulent pas voir la réalité liée au Christ et au Royaume rusent très certainement. Elles ne veulent précisément pas voir ce qu'elles pourraient facilement voir si elles le voulaient. Paul indique aussi les raisons de ce refus. Il s'agit de la manière dont l'homme comprend la justice. L'apôtre ne nie pas le zèle de ses compatriotes et coreligionnaires pour Dieu et pour la vie religieuse. Mais ce zèle est souvent lié à l'incompréhension de choses fondamentales, en particulier de ce qu'est la justice.

Paul oppose la justice de Dieu à la justice humaine. Il lui est évident que la plénitude et l'accomplissement de la Torah, c'est le Messie, le Christ. En tout cas, si l'on parle de la Torah intérieure : car le chemin de la Torah intérieure s'achève par la transformation de l'homme en Torah vivante, et hormis le Christ, personne n'a jamais donné au monde l'exemple d'une Torah vivante. Ainsi, celui qui cherche la plénitude de la justice et de la Torah vivante doit inévitablement suivre le Christ, s'il est honnête avec lui-même : car c'est précisément et seulement avec le Christ et dans Son Royaume qu'il peut espérer trouver ce qu'il cherche. Mais seulement si sa recherche est honnête et sans compromis. Or, au temps de Paul, il était devenu un lieu commun de la vie religieuse juive de rappeler ce fait évident : la Torah vivante est un idéal inaccessible à l'homme.

Tous s'en étaient accommodés comme d'une fatalité, en faisant de la Torah intérieure un but tout de même quelque peu réalisable dans la vie d'un homme ordinaire. On se mit alors à considérer comme justice non plus l'idéal inaccessible, mais la pratique réelle d'une vie spirituelle et ascétique réelle. Les personnes religieuses approuvaient une telle justice, même si toutes ne choisissaient pas ce chemin pour elles-mêmes : il s'agissait d'une sorte de compétition à laquelle chacun pouvait participer, mais dont personne ne pouvait espérer gagner le prix.

Le sport religieux et ascétique est, dans un milieu religieux, une occupation tout à fait honorable et encouragée. Mais seulement tant que personne ne revendique le prix principal. Tant que personne ne commence à jouer sérieusement en gardant en vue le but principal. Un tel homme sera au mieux regardé comme un parvenu audacieux, au pire comme l'ennemi de la religion dont il a dépassé les limites, en osant ce que les autres n'osent pas. On le comprend : le but est toujours au-delà de la religion. De toute religion. Il est dans le Royaume. Là où se trouve le Christ, le Fils de Dieu, rejeté par les personnes religieuses de Son époque, qui Lui ont préféré leur religion.