RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Jn 13:8-10

Dans le récit évangélique où Jésus lave les pieds de ses disciples, nous avons souvent tendance à voir quelque chose de considérable et de mystérieux, parfois presque mystique. Dans certaines communautés chrétiennes, on essaie même parfois de faire revivre ce «rite sacré», en en attendant soit une grâce particulière, soit des fruits spirituels abondants.

Jésus lui-même n'avait rien de tel en vue. Il ne pensait manifestement à rien de mystérieux, à aucun rite particulier, à aucune ablution sacrée. C'est ainsi que Pierre voulait voir la situation, mais Jésus ne le lui permit pas. Il ne transforma pas une tâche ordinaire, mais absolument nécessaire, en rite. Il fit simplement le travail que l'on confiait d'habitude à un esclave domestique. Et il dit alors: vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison; s'il en est ainsi, faites comme moi.

Cela signifie-t-il que seuls conviennent au chrétien les travaux que l'on confiait autrefois aux esclaves? Guère. Mais la disponibilité à faire n'importe quel travail, s'il est nécessaire à des prochains concrets dans une situation concrète, doit exister. Vraiment n'importe lequel, même un travail que l'on n'aurait pas fait dans un cas ordinaire.

Ce qui heurtait le plus Pierre, c'était précisément que son Maître s'occupait d'une tâche qui ne convenait absolument pas à sa position. Il tente d'arranger la situation, qui lui paraît humiliante pour son Maître, en transformant un lavage des pieds ordinaire, pourtant absolument nécessaire à cette époque, en une sorte d'ablution rituelle qui n'humilierait pas Jésus: c'est pourquoi il lui demande de lui laver non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête, comme on le faisait d'ordinaire lors des ablutions purificatrices.

Jésus lui-même ne voit rien d'humiliant pour lui dans la situation qui s'est créée. Plus encore, il en parle comme d'une norme des relations entre chrétiens. Non pas pour que certains puissent reporter sur d'autres les tâches qu'ils n'ont pas envie de faire eux-mêmes, mais pour que ses disciples comprennent ce qu'est la vie du Royaume. Une vie où n'importe plus ce qui compte tellement dans ce monde-ci: le statut, le prestige, la dignité imaginaire qui nous empêche souvent de faire ce que nos prochains attendent de nous, bref tout ce qui n'a aucun rapport avec l'amour du Royaume, dont devaient vivre les véritables disciples du Christ et dont ils devaient témoigner, ceux que Jésus voulait voir dans les apôtres.