RÉFLEXIONS pour Gn 25:1-34 — le 30 janvier 2021

RÉFLEXIONS pour Gn 25:1-34

Dans l’histoire de Jacob et d’Ésaü, on ne trouve aucun héros positif. Pas davantage de héros négatif : chacun des deux est ambigu à sa manière. Leur rivalité et leur lutte pour le droit d’aînesse sont compréhensibles : c’est une lutte pour le pouvoir. Le fils aîné du chef héritait généralement du pouvoir sur la tribu après la mort de son père. Dans le cas de Jacob et d’Ésaü, il n’était pas facile de les départager : la différence ne dépassait pas quelques secondes et était purement formelle ; au fond, Jacob et Ésaü avaient le même âge.

Mais le caractère des deux frères s’avéra diamétralement opposé. Ésaü plaisait sans aucun doute beaucoup plus aux hommes de la tribu : chasseur et guerrier, il vivait dans la steppe depuis son enfance. Jacob était tout différent : fils à maman typique, il restait toujours sous la tente, avec les femmes.

À cette époque, on pouvait et devait élever ainsi une fille, mais nullement un garçon, qui devait devenir un véritable homme ; autrement, il ne trouverait pas de place digne de lui dans la tribu. Aux yeux de toute la tribu, Ésaü grandissait en véritable homme et le devint. Aussi ne doutait-il pas qu’après la mort de son père, ce serait lui, et certainement pas son frère, qui deviendrait chef. Ésaü ne prenait pas Jacob au sérieux : il était certain que le pouvoir lui était garanti et considérait probablement la vente à Jacob de son droit de premier-né, son « droit d’aînesse », comme un simple jeu sans conséquence.

Pour Jacob, en revanche, tout était sérieux. Il voulait le pouvoir, le recherchait et rêvait de devenir chef après la mort de son père. Paradoxalement, cette question ne préoccupait pas Ésaü, sans doute parce qu’il était certain que le pouvoir se trouvait déjà entre ses mains et qu’il n’avait personne à combattre. D’un autre côté, il n’accordait pas beaucoup de prix à son droit d’aînesse. Il ne feignait guère lorsqu’il dit à Jacob : je marche vers la mort, à quoi me sert ce droit d’aînesse ? (L’expression hébraïque correspondante peut se traduire aussi bien par « je meurs » que par « je marche vers la mort ».)

À en juger par ces paroles, Ésaü, du moins dans sa jeunesse, n’était pas de ceux qui tiennent particulièrement à la vie. Une telle attitude est naturelle chez un chasseur et un guerrier, mais on ne peut que la juger excessivement irréfléchie chez un futur chef : il n’est guère raisonnable de jouer avec sa vie lorsqu’on porte la responsabilité de la tribu.

Les habitudes et la vision du monde changent naturellement avec l’âge, mais il y avait encore autre chose chez Ésaü : il était certain qu’il serait un bon chef et qu’il était prêt à prendre la place de son père. Il n’avait pas l’intention de faire des efforts particuliers pour y parvenir. Jacob était différent : il savait qu’il lui faudrait justement déployer beaucoup d’efforts et que le pouvoir ne lui tomberait pas tout seul entre les mains. Il ne restait à Dieu qu’à orienter ces efforts dans la bonne direction.

On peut travailler avec un homme comme Jacob, prêt à consentir des efforts résolus. Il est difficile, sinon impossible, de travailler avec quelqu’un qui est certain d’être déjà prêt. Pourtant, en réalité, ni Ésaü ni Jacob ne l’étaient. Ésaü était prêt à devenir chef de sa tribu, mais ce n’est pas la même chose que devenir chef du peuple de Dieu. Jacob n’était prêt à rien, sauf à déployer tous les efforts nécessaires pour devenir chef. Il était prêt à changer, prêt à travailler, et Dieu le choisit.