RÉFLEXIONS pour Lc 2:33
La prophétie de Syméon fut inattendue pour Joseph et Marie. Ils s'étonnent. Cela peut paraître étrange : tous deux connaissaient pourtant la bonne nouvelle que le messager de Dieu avait annoncée à Marie avant même la naissance de Jésus. Et pourtant ils sont étonnés. Pourquoi ? Ici se manifeste sans doute la nature de l'homme déchu. Les particularités de la mémoire humaine. Et aussi de la perception humaine. En effet, le fonctionnement de la mémoire, comme celui de toute la nature humaine, physique et psychique, est déterminé par l'état spirituel de l'homme. Or la question de l'état spirituel est la question de ce qui prédomine dans ce flux de vie humaine que la Bible appelle l'âme, et qu'un philosophe contemporain appellerait peut-être l'existence.
Selon le dessein de Dieu, la vie de l'âme humaine devait être déterminée par le souffle de vie que Dieu avait donné à l'homme lors de la création. Par le souffle de Dieu. Mais chez l'homme déchu, selon le témoignage de la Bible, l'âme est « dans le sang ». Comme chez les animaux. Et sa qualité est déterminée, comme chez les animaux, par la nature et non par l'esprit. Or la mémoire est l'une des capacités de l'âme. L'une des fonctions de la nature psychique de l'homme.
L'homme ne peut retenir que ce qui est, au moins dans une certaine mesure, apparenté à sa propre vie. Et plus c'est apparenté, mieux, plus pleinement, plus profondément l'homme retient tel ou tel événement. Plus longtemps et plus nettement il s'en souvient. Plus l'événement lui-même devient réel pour lui. Inversement, ce qui ne touche la vie de l'homme qu'en partie, ce qui ne lui est pas apparenté, ce qui, bien qu'en soi beau, étonnant et tout à fait extraordinaire, dépasse manifestement le niveau spirituel ordinaire de sa vie, demeurera dans la mémoire humaine comme quelque chose de pas tout à fait réel.
Comme quelque chose dont on se souvient comme d'un beau rêve, mais tout de même plutôt comme d'un rêve que comme d'une réalité. Et même si la vie quotidienne rappelle sans cesse que ce qui paraissait être un rêve n'en était pas un, l'acuité de la perception s'émousse presque inévitablement. Alors tout devient ordinaire. Et vient à l'esprit la pensée : et si tout n'était pas du tout ainsi ? Et si rien de particulier ne s'était passé ? Et s'il n'y avait rien d'extraordinaire devant nous ?
Bien sûr, ni Joseph ni Marie ne pouvaient oublier ce qui leur avait été dit au sujet de Jésus. Ils attendaient sans doute quelque chose d'inhabituel. Et pourtant ce qui arrive devient pour eux une surprise attendue. Tout dépend en effet de la manière de percevoir. De ce qui domine dans le regard : l'esprit ou la nature. Si c'est la nature, alors le Royaume lui-même devient une surprise attendue. Mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel est la manière dont l'homme répond à cette surprise attendue. Accueillera-t-il ce qui entre dans sa vie, ou le rejettera-t-il ? Fera-t-il un pas vers le Royaume, même dans l'étonnement et l'incompréhension, ou restera-t-il dehors ?
