RÉFLEXIONS pour Mt 16:22
Les paroles du Sauveur au sujet de Ses souffrances et de Sa mort sur la croix n'ont jamais suscité chez les apôtres que crainte et incompréhension. Pourquoi donc ? La réponse la plus simple serait qu'ils avaient peur pour leur Maître bien-aimé, peur de Le perdre. Et pourtant, la raison ne tenait pas seulement à cela. Elle tenait aussi à ces représentations messianiques que les disciples de Jésus partageaient avec leurs contemporains. À cette époque, on attendait du Messie avant tout qu'Il rétablisse un État juif indépendant et qu'Il y établisse des lois conformes à la Torah.
On regardait le Messie comme le Roi vainqueur des païens et comme le Gouvernant juste, que Dieu aiderait à vaincre et à affermir Son pouvoir en envoyant à Son secours l'armée angélique céleste. Un tel Messie ne pouvait tout simplement pas mourir. Certes, l'image du Messie souffrant était connue de la tradition juive de cette époque. Mais un Messie souffrant n'est pas un Messie qui périt.
On supposait que le Messie, bien sûr, pouvait ne pas parvenir au pouvoir immédiatement. La guerre serait longue, et peut-être y aurait-il dans cette guerre des moments où le Messie serait menacé, où Il se trouverait très probablement même au bord de la mort. Mais Dieu ne Le laisserait pas périr : car une telle mort aurait signifié la fin, l'échec du plan de Dieu et l'effondrement de toutes les espérances du peuple de Dieu. Or Jésus, entre-temps, parle, de manière tout à fait claire et sans ambiguïté, précisément de Sa mort, et d'une mort non au combat, mais sur la croix, la mort d'un criminel et non d'un guerrier héroïque.
Une telle chose ne pouvait tout simplement pas entrer dans l'esprit de Pierre. Ni, d'ailleurs, dans celui des autres apôtres. Mais Pierre était plus résolu dans sa franchise et osa exprimer ce que les autres n'avaient pas osé dire tout haut. Et il se retrouva, bien sûr involontairement, du côté de Satan, qui avait tenté le Sauveur dans le désert. Car l'idéal messianique traditionnel supposait précisément ce que Satan avait proposé à Jésus pendant cette épreuve : établir Son Royaume sur la terre selon les lois du monde déchu, qui gît dans le mal.
L'établir non comme Royaume de l'amour, mais comme royaume de la force. Ce n'est pas par hasard que Satan n'était même pas opposé à l'idée de donner à Jésus la possibilité d'agir librement en échange d'un seul signe, purement symbolique, de reconnaissance de son pouvoir, à lui, Satan. En échange d'une seule prosternation dont personne ne saurait jamais rien, car il n'y avait pas de témoins. Il le sait : tout royaume construit selon les lois du monde déchu lui appartiendra. Pierre, contrairement à son Maître, ne le comprend pas. Et il reçoit une réponse d'une dureté extrême. Pour son propre bien.
