RÉFLEXIONS pour Mi 4:10
La logique de Michée paraît paradoxale : il faudrait donc à Dieu que Son peuple se retrouve à Babylone, en exil, et c'est seulement là que Dieu aura la possibilité de racheter Son peuple ; le mot hébreu correspondant signifie précisément cela, toutes les autres nuances de sens qui s'y rattachent, malgré leur importance, restant secondaires. D'un côté, nous avons sans aucun doute la suite du thème de la perte par le peuple de la terre donnée par Dieu à cause de ses péchés ; de l'autre, le thème du reste dont parlaient tous les prophètes d'avant l'exil.
Mais le prophète apporte à ce vieux thème quelque chose de nouveau : il dit que le peuple tombe en captivité à cause de ses péchés, mais que c'est Dieu qui le rachète de cette captivité. Un tel regard donnait au thème un angle quelque peu inattendu. En effet, il s'agissait ici de péchés dont les conséquences, selon la Torah et les représentations traditionnelles, ne peuvent pas être supprimées.
La Torah admet certes la possibilité d'une purification des conséquences du péché commis par l'homme, mais seulement lorsque le péché a été commis involontairement, et non lorsqu'il s'agit d'un péché conscient et volontaire. Or le peuple se retrouve en captivité précisément à la suite d'un péché conscient et volontaire : car la captivité, selon le témoignage de tous les prophètes d'avant l'exil, est devenue la conséquence d'une transgression consciente de la Torah, jusqu'à l'apostasie.
Et si Dieu, malgré tout, est prêt à racheter Son peuple, prêt à oublier tout ce qu'il a commis, cela ne signifie qu'une chose : Il est prêt à manifester au monde et à Son peuple toute la plénitude de Sa miséricorde. Une plénitude capable de faire l'impossible, de racheter l'irrachetable, de libérer de ce dont, selon toutes les lois du monde non transfiguré, il est impossible de se libérer.
C'est alors qu'apparaissent les nuances de sens qui nous conduisent directement au Nouveau Testament : car sans la venue du Messie, sans le Royaume qui s'est approché, la tâche de la rédemption du peuple de Dieu s'avère absolument impossible. Ainsi la logique de la résistance au péché conduit le peuple de Dieu au seuil du Royaume, le seul lieu où l'on peut être libéré du pouvoir de n'importe quel péché une fois pour toutes.
