RÉFLEXIONS pour 1Co 8:7-13 — le 4 mai 2015

RÉFLEXIONS pour 1Co 8:7-13

La nourriture dite sacrifiée aux idoles était un problème assez sérieux pour les premiers chrétiens. Le problème tenait au fait que, dans une même communauté d'Église, pouvaient très bien se trouver à la fois des Juifs et d'anciens païens. Il importe de se souvenir que le paganisme de masse, aux temps évangéliques, n'était déjà plus un phénomène religieux ; ceux que nous appelons habituellement païens, il serait plus juste de les appeler simplement des gens séculiers, dont la plupart, avant leur conversion au Christ, pensaient sans doute très peu à la religion, si même ils y pensaient. Ces personnes mangeaient leur nourriture habituelle sans penser, et peut-être même en oubliant complètement, que, formellement, la viande achetée par exemple au marché de la ville était consacrée aux dieux qui protégeaient ce marché.

Il en résultait que, formellement, toute la nourriture vendue sur les marchés était consacrée aux dieux païens, elle était toute sacrifiée aux idoles ; mais les anciens païens convertis au Christ ne s'en inquiétaient pas davantage qu'avant leur conversion. Ils ne pensaient simplement à aucun dieu ni à aucune religion lorsqu'ils faisaient leurs achats au marché de la ville, ni avant leur conversion ni après. Les chrétiens juifs, eux, prenaient tout cela beaucoup plus au sérieux ; ils n'achetaient jamais de viande ni d'autres produits au marché de la ville, ils avaient leurs propres boutiques où tous les produits étaient garantis casher.

Bien sûr, après la venue du Christ, tout ce qui a été décrit n'avait plus d'importance de principe, d'autant moins pour les païens, à qui personne n'avait jamais demandé d'observer la cacherout. Pourtant, lorsque des Juifs et d'anciens païens se retrouvaient à la même table, il arrivait qu'apparaisse sur cette table une nourriture formellement consacrée à des dieux païens ; et si, pour les anciens païens, une telle consécration ne signifiait rien et ne changeait rien, pour les Juifs la situation devenait manifestement une occasion de chute.

Ils ne pouvaient pas se défaire de l'idée qu'ils péchaient contre Dieu en mangeant une nourriture consacrée à des dieux païens, et leur conscience les condamnait, bien qu'il n'y eût pas de raisons objectives de s'inquiéter. Dans une telle situation, Paul conseille de ne pas ignorer ce genre d'inquiétude. Il ne faut pas mettre un frère dans une situation difficile et tentante pour lui, si l'on peut l'éviter. Bien sûr, une question peut se poser : jusqu'où peuvent aller les exigences de ceux qui sont scandalisés tantôt par une chose, tantôt par une autre, et à quoi vaut-il vraiment la peine de renoncer pour aller au-devant de la scrupulosité religieuse d'autrui ?

La réponse n'est pas difficile à trouver dans la lettre de l'apôtre : il y est question de choses spirituellement indifférentes à celui qui est prêt à faire un pas vers l'autre. De ce qui ne touche pas l'essence de sa vie spirituelle. Pour un ancien païen, par exemple, il était totalement indifférent de savoir si la viande posée sur la table était casher ou achetée au marché de la ville. Dans ce cas, il vaut mieux aller au-devant de celui pour qui cela n'est pas indifférent, car la vie spirituelle de l'ancien païen ne souffre en rien d'un tel pas.

Mais la vie spirituelle de son frère juif peut en souffrir : un désaccord intérieur constant ne favorise en rien une vie spirituelle normale. Telle est la règle générale que Paul conseille de suivre : l'homme religieusement moins scrupuleux doit céder à l'homme religieusement plus scrupuleux dans la mesure où ces concessions ne détruisent pas sa propre vie spirituelle. Alors beaucoup de problèmes de la vie de l'Église se résoudront d'eux-mêmes, et il y aura plus de paix dans les assemblées d'Église.