RÉFLEXIONS pour Mt 22:19-21
La question des pharisiens et la réponse du Christ au sujet du tribut à César révèlent une immense différence entre leurs présupposés. Cherchant à piéger le Sauveur, les pharisiens posent une question de priorités : qu'est-ce qui importe le plus, l'obéissance à un pouvoir étranger mais réellement puissant, ou l'autodétermination nationale ? Il importe de noter que ces deux valeurs supposées se situent en dehors de la sphère religieuse. De plus, l'histoire d'Israël connaît déjà, à cette époque, des exemples où la dignité nationale exige la résistance, tandis que le Seigneur, par la bouche du prophète, appelle à se soumettre au conquérant, car il est l'instrument de Dieu.
Ensuite, les pharisiens s'attendent à ce que le Sauveur, partant de l'idée de la suprématie absolue du Royaume de Dieu — c'est-à-dire de Sa souveraineté exclusive —, appelle à désobéir aux pouvoirs terrestres. C'est précisément pour cette éventualité qu'ils ont amené avec eux les hérodiens, afin de Le livrer aussitôt à ces mêmes pouvoirs. Mais tout le problème est que les pharisiens considèrent le Royaume de Dieu et le principat d'Auguste comme des phénomènes comparables par leur nature et leur ampleur, que l'on peut mettre en rapport dans le cadre de l'alternative proposée, aussi insidieuse soit-elle. Pour eux, le Royaume de Dieu est un État d'Israël terrestre et politiquement prospère, que dirigera le Messie attendu.
Mais la réponse du Seigneur ne laisse rien subsister de cette conception des pharisiens. Dans la réponse du Christ, le Royaume de Dieu et le royaume de César apparaissent comme deux plans qui ne se croisent pas et dont les dimensions sont incomparables. Le Royaume de Dieu appartient à l'éternité et embrasse tout ce qui existe, tandis qu'un royaume terrestre, limité dans le temps et l'espace, ne saurait même en être une petite image, pas plus qu'une troupe de ciliés dans une flaque de cour ne saurait être l'image de la biosphère terrestre.
Ainsi, la réponse du Christ rejette entièrement la sacralisation romaine — et aussi celle du judaïsme tardif — du royaume terrestre. Plus tard, l'apôtre Paul apportera les éclaircissements définitifs à ce sujet, lorsqu'il dira que notre citoyenneté est dans les cieux et que nous ne devons obéir aux pouvoirs terrestres que parce qu'ils s'opposent au mal et à la violence, et dans la mesure où ils le font.
Mais le plus important dans les paroles du Christ est l'appel à rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Même la question du rapport entre les royaumes terrestre et céleste passe au second plan. L'essentiel n'est pas la manière dont nous organisons nos affaires terrestres, mais celle dont nous construisons notre relation avec Dieu. Faut-il payer le tribut à César ? La question n'est ni simple ni évidente, mais elle peut tout à fait être résolue. Ce n'est pourtant pas cela qui détermine la vie de l'être humain, mais ce qu'il apporte à Dieu.
