RÉFLEXIONS pour Lc 14:7-11 — le 31 octobre 2026

RÉFLEXIONS pour Lc 14:7-11

On interprète parfois de manière tout à fait littérale la parabole du Sauveur sur la première et la dernière place : il n'est pas rare de rencontrer, même parmi les chrétiens, une sorte de rivalité pour les dernières places, semblable à celle qui oppose les païens pour les premières. Une telle « interprétation » est bien loin de ce que Jésus veut dire. Il n'avait nullement l'intention de renverser la pyramide de l'ordre terrestre qui nous est familier, de manière à en faire du sommet la base. Il veut simplement que nous en sortions, que nous cessions de nous orienter selon le système de repères qu'elle impose et qui, vu du monde déchu, nous paraît absolu. Jésus dit : ne vous disputez pas les premières places, asseyez-vous aux places libres et, si l'on vous y invite, avancez ; vous ne vous en porterez pas plus mal. Mais si vous restez à la place qui vous est échue, vous ne vous en porterez pas plus mal non plus, car elle n'a aucune importance pour la vie spirituelle.

Il s'agit ici de l'humilité, sans laquelle il n'y a pas de vie spirituelle normale. L'humilité, bien entendu, ne consiste pas à occuper les dernières places ou à se considérer comme le dernier des hommes : il n'y a là ni plus ni moins d'affirmation de soi que dans le désir de se considérer comme le premier. Il s'agit précisément de changer de système de repères, lequel est habituellement déterminé par le centre de gravité de la structure au sein de laquelle il existe. Appliqué à l'être humain, cela signifie que ses repères intérieurs, ceux de sa vie psychique, sont déterminés par l'endroit où se trouve le centre de gravité de son âme, qui est, pour parler le langage biblique, le cœur. Pour le cœur, à son tour, le centre de gravité est ce qui constitue sa valeur suprême ou, dans le langage de l'Évangile, son trésor. Tant que le trésor de l'homme est lié, d'une manière ou d'une autre, au monde extérieur, qui plus est déchu, il ne pourra se libérer de la course aux places, qu'elles soient les premières ou les dernières.

Pour mettre fin à cette course interminable et absurde, il faut déplacer le trésor au plus profond du cœur, là où se cache le « souffle de vie » donné à l'homme par Dieu lors de la création. Là, au plus profond du cœur, au véritable centre de toute personne humaine, la course aux places cesse, parce que chacun y trouve sa propre place, celle-là même que Dieu lui a assignée. Accepter comme sienne cette place assignée par Dieu, voilà l'humilité : non pas l'humilité ostentatoire, inséparable de la lutte pour les dernières places, mais l'humilité véritable, dans laquelle toutes les places conviennent également à l'homme.