RÉFLEXIONS pour Lc 9:12-18
Le miracle que nous revivons aujourd'hui est raconté six fois dans les Évangiles, et l'Église le propose très souvent comme lecture quotidienne. Pourtant, jamais — et c'est véritablement une manifestation — il ne manque de faire naître une pensée nouvelle, un sens nouveau. Mais que veut nous dire l'Église en ajoutant au récit du miracle (versets 12 à 17) le verset suivant, le verset 18, qui appartient à un tout autre récit ? « Un jour, alors qu'Il priait dans un lieu retiré et que les disciples étaient avec Lui, Il leur demanda : pour qui les gens Me prennent-ils ? » Il vient de nourrir tout le monde, tous sont rassasiés, et c'est précisément à cet instant que retentit la question : pour qui Le prennent-ils ?
Il est très important de toujours laisser place à cette question dans notre propre vie aussi. Si le Seigneur nous paraît sans miséricorde et ne nous donne pas ce dont nous avons tant besoin, pour qui Le prenons-nous ? Pour un Juge sévère et froid, pour le Chef de la vie, mais non au sens slavon que cette expression revêt dans la prière bien connue : au sens russe le plus courant, celui d'un patron ? Et lorsque le Seigneur nous est favorable, pour qui Le prenons-nous : pour Celui qui nous donne la grâce, notre Bienfaiteur, Celui que nous prions, semble-t-il, avec tant de ferveur : « que Ton Règne vienne »… là où l'on mange si bien ?
Et voici que le Seigneur, et l'Église par Sa bouche, nous pose aujourd'hui cette question et semble la laisser sans réponse. Mais c'est peut-être précisément dans cette absence de réponse que se cache la réponse la plus importante pour nous : que notre idée de Dieu ne dépende en aucun cas de ce qui nous arrive, que nous ayons été nourris aujourd'hui ou que nous ayons faim… Le Seigneur est notre Créateur, Il nous aime et nous L'aimons ; c'est là quelque chose d'inviolable, sur quoi aucun événement du monde visible ne peut avoir de prise.
