RÉFLEXIONS pour Ac 15:1-35
La lecture d'aujourd'hui nous parle de l'événement que les historiens de l'Église appellent habituellement le concile des Apôtres (v. 6). Apparemment, la principale question qui y fut débattue était celle de la religion et de sa place dans l'Église. Rien d'étonnant : l'une des exigences que certains prédicateurs imposaient aux nouveaux convertis était l'observance obligatoire des normes et des lois de la religion juive (v. 1–2). Ces prédicateurs pensaient, semble-t-il, qu'il existait des normes et des règles religieuses obligatoires pour le Royaume. Il n'y a là rien de surprenant : selon le témoignage de l'évangéliste, ils venaient de Judée et étaient donc, comme tous ses habitants, des personnes profondément religieuses. Pour eux, la tradition juive constituait un mode de vie naturel, faisant partie intégrante de leur existence, en dehors duquel ils ne concevaient apparemment pas non plus le Royaume. Mais cette religiosité était étrangère aux convertis issus du paganisme. C'est pourquoi Pierre pose au concile une question raisonnable : peut-on imposer à ces anciens païens de fraîche date ce qui s'avérait parfois au-dessus des forces des Juifs eux-mêmes (v. 10) ?
L'essentiel était pourtant ailleurs. Il s'agissait de savoir ce qui est nécessaire au salut, pour entrer dans le Royaume. Apparemment, certains dans l'Église étaient convaincus qu'accueillir le Christ ne suffisait pas et que, sans religion, on ne pouvait entrer dans le Royaume (v. 5). Mais les apôtres et les autres participants au concile en décidèrent autrement : pour le Royaume, l'appartenance religieuse n'est pas une question fondamentale. Cette décision fut exprimée dans le langage communément employé alors dans l'Église, celui de la législation religieuse. Il fut recommandé aux convertis issus du paganisme de s'abstenir des viandes offertes aux idoles et, par conséquent, de toute participation aux cultes païens, ainsi que de l'effusion de sang et de la débauche ; on confirma aussi la célèbre « règle d'or » : ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas pour soi-même (v. 29). De telles normes étaient traditionnellement proposées aux prosélytes qui ne comptaient pas embrasser le judaïsme, mais croyaient au Dieu d'Abraham.
Le concile des Apôtres confirma ainsi qu'un ancien païen ayant accueilli le Christ n'était pas obligé d'embrasser le judaïsme pour être sauvé. Religion et vie spirituelle furent clairement distinguées, et le chemin du Royaume fut ouvert à chacun, indépendamment de son appartenance religieuse. Cette décision était d'une importance capitale : elle soulignait une nouvelle fois que le christianisme n'est pas une nouvelle religion, mais la vie dans le Royaume, ouverte à quiconque a foi en Jésus-Christ et entretient une relation personnelle avec Lui. La religion ne restait qu'un moyen pouvant parfois aider l'homme sur ce chemin. Elle pouvait trouver sa place dans le Royaume comme dans l'Église, mais à une condition indispensable : ne jamais masquer le Christ à ceux qui Le cherchent, ni leur fermer le chemin du Royaume, à personne et jamais.
