RÉFLEXIONS pour Ac 9:1-31
La lecture d’aujourd’hui nous ramène une nouvelle fois à la question des frontières et des limites de la religion. Elle nous raconte la conversion au Christ de Saul, qui, après cet événement, entrera dans l’histoire de l’Église sous le nom de l’apôtre Paul. Il ne fait aucun doute que Saul était un homme sincèrement religieux, absolument convaincu dans sa religiosité : pour ses convictions, il était prêt aussi bien à mourir qu’à tuer (v. 1–2). Il était totalement impitoyable, mais une religion qui ne connaît ni le Royaume ni l’amour de Dieu l’est toujours : elle en appelle à des valeurs qui lui paraissent bien plus importantes que la vie humaine. Pourtant, ce zèle impitoyable de Saul était absolument sincère : dès le début, il ne voulait qu’accomplir la volonté de Dieu et était parfaitement convaincu qu’en persécutant les chrétiens, il l’accomplissait de la meilleure manière possible. Bien entendu, il était tout à fait impossible de faire changer d’avis un tel homme. La conversion, au sens où l’on comprend souvent ce mot aujourd’hui, lui était également impossible : pour l’homme contemporain, « se convertir » signifie le plus souvent soit adopter une religion, soit passer d’une religion à une autre, et Saul n’aurait certainement pas accepté cela, même sous la menace de la mort.
Mais ce sont précisément de tels serviteurs que le Christ veut : fidèles jusqu’au bout et prêts à tout. Et Il fait de Saul Son serviteur — Il accomplit ce que personne d’autre n’aurait pu accomplir, car personne d’autre n’aurait pu manifester le Royaume dans une telle plénitude. Il donne à Son futur serviteur d’éprouver et de sentir ce qu’est le Royaume et qui Il est Lui-même (v. 3–5). Alors Saul se convertit. Ce ne sont pas des paroles humaines qui l’ont convaincu, mais la rencontre avec le Ressuscité et l’expérience du Royaume. Or la conversion chrétienne ne peut être que cela : une conversion au Christ et au Royaume, et non l’adoption d’une nouvelle religion ou le passage d’une religion à une autre.
Une fois converti, Saul reste le même homme d’action : sa première question au Ressuscité est : que dois-je faire maintenant (v. 6) ? [N.d.T. : la question est présente en Ac 9,6 dans la traduction synodale russe ; dans la Bible de Jérusalem, elle figure en Ac 22,10.] Sa nature sincère et active ne supportait pas l’inaction, et Dieu utilise ces qualités du nouveau converti : très vite, Saul se met à prêcher, témoignant de la messianité et de la Résurrection de Jésus (v. 20–30). Il ne se préoccupe ni de ses opinions antérieures ni de ce que diront de lui ceux qui l’ont connu sous un tout autre jour. Ce n’est pas que Saul ait été peu enclin à réfléchir : il semble simplement que l’impression laissée par la rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas ait été si forte qu’il ne pouvait pas ne pas en parler, ne pas en témoigner. Ce qui s’est révélé à Saul n’était pas seulement une vérité nouvelle : c’est le Messie qui s’est révélé à lui, et il était impossible de garder le silence sur une telle révélation. La religion avait pris fin : devant le futur apôtre Paul s’était ouverte la plénitude du Royaume.
