RÉFLEXIONS pour Mc 14:26-42
La disponibilité que les disciples proclament à mourir pour leur Maître contraste fortement avec leur manque de préparation à l’effort spirituel. Ils déclarent être prêts à mourir pour lui, mais ne tiennent pas même le temps de la brève prière recueillie qu’il leur demande. Rien d’étonnant à cela : un élan émotionnel est, par son essence et sa nature, tout autre chose qu’un véritable effort spirituel, nécessaire à toute action réelle, alors que l’imagination, qui nous représente la manière dont nous l’accomplirons, ne demande presque aucun effort spirituel. Voilà pourquoi les exploits réels s’avèrent tellement plus difficiles que les exploits imaginés, même lorsque l’on se croit intérieurement prêt à les accomplir.
Dans le cas présent, la situation se compliquait encore du fait que les disciples ne comprenaient pas leur Maître. Ils attendaient toujours que commence cette fameuse guerre messianique dont on parlait tant parmi le peuple. Ils attendaient toujours le Royaume sur terre — et étaient prêts à l’attendre jusqu’à la Pentecôte, posant encore au Sauveur la même question le jour même de l’Ascension : « Alors, est-ce maintenant que tu vas rétablir le Royaume d’Israël ? » En réalité, quelque chose de tout autre les attend tous, quelque chose qu’ils ne peuvent encore même pas imaginer. C’est ce manque de préparation qui prive les disciples de forces spirituelles.
Le problème est qu’on ne peut pas appliquer des efforts spirituels à ce qui n’est pas réel. Une situation imaginaire est, pour tout véritable effort spirituel, ce qu’un fantôme est pour un homme armé d’une épée, ou même d’un fusil automatique : ils existent dans des réalités différentes, et toute tentative d’agir sur le fantôme avec une arme réelle n’aboutit à rien. Tout aussi inutiles sont les efforts spirituels visant à résoudre des problèmes imaginaires ou à écarter des dangers imaginaires dans des situations elles-mêmes imaginaires : ils ne font qu’épuiser spirituellement l’être humain, sans lui laisser de forces pour résoudre les problèmes réels.
Quelque chose de semblable est arrivé aux disciples : au lieu de simplement suivre leur Maître pas à pas, d’écouter attentivement ses paroles, sans chercher à comprendre, à imaginer ni à saisir rationnellement ce qui ne se laisse ni comprendre ni saisir, ils continuaient à construire leur propre représentation du monde, sans aucun rapport avec la réalité. C’est en elle qu’ils vivaient — se réjouissant de joies imaginaires, s’effrayant de dangers supposés, se préparant à des exploits inventés. Pourtant, le Maître n’attendait pas tellement d’eux : une prière recueillie qui aurait pu lui apporter un véritable soutien spirituel. Mais les disciples n’avaient plus les forces spirituelles nécessaires : ils les avaient toutes dépensées en exploits imaginaires, dans la future guerre messianique qu’ils imaginaient.
